Archives des séminaires (2016-2025)
2016
Les différentes séances ont été diffusées simultanément en visioconférence depuis les différents lieux indiqués ci-dessous, qu’il s’agisse de Rabat, Paris, Tunis ou Istanbul.
Vendredi 15 janvier 2016 – Rabat (14h à 17h, heure marocaine)
Adresse : CESEM-HEM, Rabat Faculté des Sciences de l’Education – Bd Med Ben Abdellah Regragui Madinat Al Irfane – Rabat
Bouziane Zaïd (Université Al Akhawayne, Ifrane) : « Internet et démocratie au Maroc »
Ahmed Hidass (Institut supérieur de l’information et de la communication, Rabat) : « La liberté d’expression dans les constitutions marocaines »
Coordinateur : Driss Ksikes (ksikes@hem.ac.ma)
Vendredi 12 février 2016 – Paris – (15h à 18h, heure française),
Adresse : Maison des sciences de l’homme, Paris Nord, Salle 413 Sud 20 Avenue George Sand, 93210 Saint-Denis (Métro : Front Populaire, ligne 12)
Bachir Benaziz (Univ. Paris 1, UMR Développement et Sociétés) : « Presse privée en Egypte : Naissance, affirmation et transformations post Moubarak »
Abdelfettah Benchenna (Univ. Paris 13) : « Une économie politique critique de l’entrepreneuriat culturel au Maghreb »
Coordinateurs : Abdelfettah Benchenna (benchenna@univ-paris13.fr) et Dominique Marchetti (dominique.marchetti@cnrs.fr)
Vendredi 11 mars 2016 – Tunis (15h à 18h, heure tunisienne)
Adresse : Institut français de Tunisie 20-22, avenue de Paris 1080 Tunis Cedex
Hammami Sadok (Institut de presse et des sciences de l’information, directeur du Centre africain de perfectionnement des journalistes et communicateurs, Tunis)
Olfa Belhassine, journaliste au journal La Presse
Coordinateurs : Enrique Klaus (ek.llevesdiaz@gmail.com) et Sofien Ammar (ammarsofien@yahoo.fr)
Vendredi 8 avril 2016 – Istanbul (15h à 18h, heure turque)
Cette séance a été annulée en raison du contexte politique en Turquie.
Coordinateur : Olivier Koch (koches1@yahoo.fr)
2016-2017
Les séances du séminaire ont eu lieu le jeudi entre 14h30 à 16h30 à la Maison des sciences de l’homme, Paris Nord (20 Avenue George Sand, 93210 Saint-Denis) située à la sortie du métro Front Populaire (ligne 12).
Séance 1. Jeudi 10 novembre 2016 – Salle 404
Anahi Alviso-Marino (CESSP, Paris – CRAPUL, Lausanne)
Le pouvoir des institutions. Arts visuels et politique au Yémen
Séance 2. Jeudi 15 décembre 2016 – Salle 402
Anouk Cohen (CNRS, Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative)
Fabriquer le livre au Maroc (Paris, Karthala, Coll. « Terres et gens d’Islam », avec une préface de Roger Chartier, 2016)
Séance 3. Jeudi 12 janvier 2017 – Salle 403
Mohammed El Oifi (Université Paris 3)
Les chaines d’information en continu en langue arabe : une mise en perspective socio-historique
Séance 4. Jeudi 23 février 2017 – Salle 407
Asmaa Azizi (CELSA, Groupe de recherches interdisciplinaires sur les processus d’information et de communication)
Médias et engagement politique des immigrés Marocains en France
Séance 5. Jeudi 16 mars 2017 – Salle 407
Présentation d’ouvrages par les membres du groupe

Naomi Sakr, Jakob Skovgaard-Petresen et Donatella Della Ratta (eds), Arab Media Moguls, IB Tauris, 2015
(présenté par Dominique Marchetti).

Mohamed Younes, Presse papier et électronique dans les pays du Golfe, Dar Misria Loubnania, 2014
(présenté par Abdelfettah Benchenna)

Mohamed Zayani, Networked Publics and Digital Contention. The Politics of Everyday Life in Tunisia, New York, Oxford University Press, 2015
(Présenté par Tristan Mattelart)

Philip N. Howard and Muzammi M. Hussain, Democracy’s Fourth Wave? Digital Media and the Arab Spring, Oxford Studies in Digital Politics, 2013.
(Présenté par Tristan Mattelart)
Séance 6. Jeudi 27 avril 2017 – Salle 407
Franck Mermier (CNRS, Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain, CNRS-EHESS)
Regards sur l’édition dans le monde arabe (Paris, Karthala, coll. “Hommes et sociétés”, 2016)
Séance 7. Jeudi 18 mai 2017 – Salle 407
Ibtissem Ben Araar (Université de Versailles Saint-Quentin, Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines)
L’agence France-Presse au Moyen-Orient : développement du réseau et pratiques journalistiques des années 1960 aux années 1980
Cette séance de travail n’a pas été enregistrée.
2017-2018
Les séances du séminaire ont eu lieu le jeudi entre 14h30 à 16h30 à la Maison des sciences de l’homme, Paris Nord (20 Avenue George Sand, 93210 Saint-Denis) située à la sortie du métro Front Populaire (ligne 12)
Séance 1. Jeudi 12 octobre 2017, salle 404
Zahra Jahan-Bakhsh : Dubai et les canaux de diffusion de l’art visuel de la région MENA
Zahra Jahan-Bakhsh est docteure en sociologie des arts et de la culture de l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Elle est rattachée au Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS).
Séance 2. Jeudi 9 novembre 2017, salle 404
Alice Bombardier, Les revues artistiques iraniennes des années 1940-1950: des laboratoires de création métissés
Alice Bombardier est agrégée de géographie et titulaire d’un doctorat de sociologie à l’EHESS, ainsi que de civilisations arabe et persane à l’Université de Genève. Elle est l’auteure du livre Les pionniers de la Nouvelle peinture en Iran. Œuvres méconnues, activités novatrices et scandales au tournant des années 1940 paru en 2017 chez Peter Lang (Berne).
Séance 3. Jeudi 14 décembre 2017, salle 404
Thomas Brisson, Les circulations d’intellectuels entre le monde arabe, l’Europe et les Etats-Unis (années 1960-1980). Intellectuels et critiques du monde arabe au prisme du transnational
Thomas Brisson, Maitre de Conférences-HDR au département de science politique de l’université Paris 8 et chercheur au LabTop-Cresppa (CNRS-Paris), termine actuellement un ouvrage de sociologie politique sur les diasporas intellectuelles et les critiques anti-occidentales (La Découverte).
Séance 4. Jeudi 11 janvier 2018, salle 404
Kaoutar Harchi, Le champ des lettres françaises ou la fabrique de l’altérité littéraire. Le cas des écrivains algériens dits « francophones »
Kaoutar Harchi est docteure en sociologie, chercheure associée au Cerlis (Paris-Descartes), post-doctoral researcher à UCLA, Californie. Elle assure actuelleme
nt des enseignements à Sciences Po Paris, Reims. Sa thèse, publiée sous le titre Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. Des écrivains à l’épreuve (Fayard-Pauvert, préf. Jean-Louis Fabiani, 2016) a porté sur les modalités de reconnaissance des écrivains algériens de langue française, en France (1945-2015). Ses travaux de recherche s’intéressent notamment à la formation historique des nationalismes littéraires, à l’émergence contemporaine des champs artistiques et intellectuels au Maghreb, en Afrique ainsi qu’à la circulation internationale des textes et des idées par la traduction.
Séance 5. Jeudi 8 février 2018, salle 404
Némésis Srour, Circulations des films hindis à Beyrouth, au Caire et à Dubaï : circuits marchands, politique et diasporas (1954-2015)
Némésis Srour prépare un doctorat à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (CEIAS/EHESS-CNRS, Paris) sur les circuits de diffusion des films indiens au Moyen-Orient depuis les années 1950. Elle a notamment publié des articles sur le processus de déterritorialisation de l’image dans les vidéos arabes (Š. Paunksnis ed., Dislocating Globality, 2016), sur l’exploitation en Inde (Claude Forest, Hélène Valmary eds., La vie des salles de cinéma, 2014) et sur les réseaux de diffusion des films hindis à Dubaï (D. Marchetti ed., La circulation des productions culturelles, 2017).
Cette séance n’a pas été enregistrée.
Séance 6. Jeudi 8 mars 2018, salle 407
Lectures
Présentation d’ouvrages
Majab al-Imam et Mohammad Abdel Aziz (2014), La traduction et les problématiques périphériques, Travaux du Congrès de Doha organisé par le Forum for Arab and International relations », Fairforum, 2014 (présenté par Sadia Agsous)
Zeynep Devrim Gürsel, Image bro
kers Vizualizing world news in the age of digital circulation, University of California Press, 2016 (présenté par Dominique Marchetti)
Séance 7. Jeudi 12 avril 2018, salle 407
Angela Jansen, «Il n’y avait pas de mode au Maroc avant» : (Re)Créer l’histoire de la mode au Maroc
Angela Jansen est une anthropologue culturelle et de la mode dont la thèse de doctorat porte sur l’industrie de la mode au Maroc (Université de Leiden, 2910). Elle est l’auteur de ´Moroccan Fashion Design, Tradition and Modernity’ (Bloomsbury, 2014) et co-auteur avec Jennifer Craik de ´Modern Fashion Traditions: Negociating Modernity Through Fashion’ (Bloomsbury, 2016). Elle est actuellement chercheuse indépendante basée à Bruxelles où elle travaille sur un manuscrit concernant l’anthropologie de la mode. Elle est l’initiatrice du NWFashionConference.org et ses recherches visent à mettre un terme aux notions eurocentriques conventionnelles de la mode, en encourageant un nouveau courant de pensée selon lequel la mode est considérée comme un phénomène multivalent et pluraliste dans le monde.
Séance 8. Jeudi 17 mai 2018, salle 404
Sarah El-Richani, The Lebanese Media. Anatomy of a System in Perpetual Crisis
Sarah El-Richani is a visiting fellow at the Centre for Lebanese Studies, St. Anthony’s College, University of Oxford, UK. She has authored studies for several media development organizations, including BBC Media Action and Article 19.
Cette séance n’a pas été enregistrée.
2018-2019
Les séances du séminaire ont lieu depuis 2018-2019 le jeudi entre 14h00 à 16h00 à la Maison des sciences de l’homme, Paris Nord (20 Avenue George Sand, 93210 Saint-Denis) située à la sortie du métro Front Populaire (ligne 12). La dernière séance aura exceptionnellement lieu en visoconférence entre 10h et 12h.
Séance 1. Jeudi 11 octobre 2018, salle 407
Alexandre Kazerouni, Libéralisation culturelle et dérive autoritaire en Asie : le cas des musées-miroir du Qatar et d’Abou Dhabi
L’association entre « pays du Golfe » et « culture » est nouvelle, et elle étonne tant elle contredit l’image habituellement associée aux principautés du golfe Persique. La multiplication des annonces de musées à forte visibilité internationale au Qatar et à Abou Dhabi en a été la forme la plus éclatante ces dernières années. Or ces musées-miroir n’ont pas émergé dans un désert culturel. Le Louvre Abou Dhabi n’est pas un « Louvre des sables ». Dès les années 1970, les États de la rive sud du golfe Persique s’étaient déjà tous dotés d’au moins un grand musée national. En comparant ces deux modèles de musées, cette présentation montrera comment de la deuxième guerre du Golfe (1990-1991) est né un nouvel ordre régional qui a non seulement mis à mal l’hégémonie saoudienne sur la péninsule arabique, mais a aussi modifié le rapport de force entre les familles régnantes et leurs sujets. C’est à ce niveau interne du politique que se trouve une dynamique partagée entre le Qatar et Abou Dhabi à laquelle le Louvre Abu Dhabi ou le Musée d’art islamique de Doha participent de la même manière, celle de la restriction de la participation politique de la classe moyenne locale. Cette dérive autoritaire est compatible avec un projet scientifique et un bâtiment innovants que l’intervenant décrira en détail dans le cas du Louvre Abu Dhabi.
Alexandre Kazerouni est politologue, spécialiste du monde musulman contemporain et des pays du pourtour du golfe Persique en particulier. Il est chercheur à l’École normale supérieure, université Paris Sciences et Lettres (PSL), au sein de la Chaire Moyen-Orient Méditerranée du Département Géographie et Territoires.
Séance 2. Jeudi 15 novembre 2018, salle 407
Stefano Barone, Musique Underground et construction du social dans la Tunisie post-révolutionnaire : les cas des scènes Metal, Rap et Electro
La présentation explore les façons dont la musique underground s’articule aux structures sociales dans la Tunisie post-révolutionnaire. Celle-ci se concentrera particulièrement sur les cas du heavy metal, du rap et de la musique électro. Ces différentes scènes imaginent la société tunisienne en manipulant les divers idiomes à propos des inégalités sociales qui circulent en Tunisie, qu’ils soient issus du discours politique, du folklore et du sens commun. Ainsi, les scènes de métal, de rap et d’électro fournissent à leurs membres des instruments pour tenter de changer les structures sociales et acquérir un capital culturel spécifique. Une telle ré-imagination de la société tunisienne génère des effets contradictoires : d’un côté, elle entend transformer les récits sociaux et les modes de vie en Tunisie ; de l’autre, ces musiques underground sont prises dans les contradictions politiques de la Tunisie post-révolutionnaire, ce qui les conduit à être également des lieux de reproduction des inégalités sociales et politiques.
Stefano Barone a obtenu son doctorat en sociologie à la Griffith University (Queensland, Australie) et enseigne la sociologie à l’Université de Central Lancashire (Preston, Angleterre). Sa recherche porte sur l’étude des cultures jeunes et de la musique populaire en Tunisie. Elle contextualise les pratiques musicales et identitaires des jeunes tunisien(ne)s dans les transformations qui ont suivi la révolution de 2010/2011. La fragilité des scènes musicales locales, les conflits identitaires et sociaux, et les relations entre culture pop et dynamiques politiques sont au centre de son travail de recherche.
Séance 3. Jeudi 6 décembre 2018, salle 407 (visioconférence)
Célia Hassani, Scènes artistiques et politiques culturelles au Liban : formulation et consistance d’une demande sociale
L’émergence de politiques culturelles dans les pays du pourtour sud de la méditerranée représente aujourd’hui un enjeu majeur pour la compréhension des sociétés du Maghreb/Machrek. Leur observation rend compte des phénomènes de recompositions sociétales en cours et pose la question du rapport à l’art et de sa place dans les sociétés concernées. Cette demande actuelle en matière de politiques publiques culturelles est un phénomène observable actuellement au Liban. Ces initiatives, qui relèvent de la société civile, sont initiées par des groupes d’acteurs culturels locaux qui s’inscrivent d’emblée à l’échelle régionale et même transnationale. Le cas de Beyrouth, en tant que scène artistique d’importance, est tout à fait révélateur de ce point de vue. En prenant pour objet l’étude de la demande de politiques culturelles des acteurs des scènes artistiques, il s’agit de rendre compte et d’interpréter une revendication sociale, collective et transversale, une volonté de représentation et de régulation publique, entre l’Etat et la société. A partir de différentes scènes sociales, celles des artistes, des opérateurs culturels, des acteurs de la réception critique et des publics, la nécessité d’une politique culturelle se pose comme un objet de débat public en fonction duquel les acteurs justifient de ce qu’ils sont, pensent et sentent, mais aussi de ce qu’ils font.
Célia Hassani est doctorante contractuelle inter-ED à l’Université d’Aix-Marseille. Elle est rattachée à l’Institut de Recherches et d’Etudes sur les Mondes Arabes et Musulmans (IREMAM) et le Laboratoire d’Etudes en Sciences des Arts (LESA). Célia Hassani prépare une thèse sous la direction de Catherine Miller et de Gilles Suzanne. Sa recherche interroge les scènes artistiques libanaises et les enjeux sociétaux que signale et soulève la demande de politiques culturelles qui s’y formule.
Cette séance n’a pas été enregistrée.
Séance 4. Jeudi 17 janvier 2019, salle 407 (visioconférence)
Oceane Sailly, La diplomatie culturelle française dans les pays du Conseil de Coopération du Golfe : histoire, pratiques et enjeux
L’inauguration du Louvre Abu Dhabi en novembre 2017 suivi, en avril 2018, de la signature d’un accord intergouvernemental entre l’Arabie saoudite et la France portant sur le patrimoine culturel, naturel, touristique, humain et le développement économique du gouvernorat d’Al-Ula, témoignent de l’ancrage de la diplomatie culturelle française dans les pays du Conseil de Coopération du Golfe. Alors que cette région stratégique est traditionnellement considérée comme une zone d’influence anglo-saxonne, l’étude des relations bilatérales sous le prisme de la coopération culturelle, scientifique et technique nuance cette hégémonie. En mobilisant notamment la sociologie de la politique étrangère et des pratiques diplomatiques, cette présentation retracera l’histoire et explorera les mécanismes, les enjeux et les défis de la diplomatie culturelle française dans le Golfe, depuis la fin de deuxième guerre du Golfe (1990-1991) jusqu’à l’ouverture du « premier musée universel dans le monde arabe ».
Océane Sailly est doctorante contractuelle à la Sorbonne Nouvelle – Paris III (CIM – Communication, Information et Médias). Après avoir été chargée de mission pour le « Programme culturel franco-émirien – Dialogue avec le Louvre Abou Dhabi », elle réalise actuellement une thèse sur la diplomatie culturelle américaine, britannique et française dans les pays du Conseil de Coopération du Golfe. Pour l’année 2018-2019, elle bénéficie de l’aide à la mobilité de neuf mois du Centre Français d’Archéologie et de Sciences Sociales (CNRS/MAE), au Koweït.
Cette séance n’a pas été enregistrée.
Séance 5. Jeudi 14 février 2019, salle 407
Sbeih Sbeih, « Nouveaux » romanciers en Palestine : entre lutte pour le pouvoir et volonté d’émancipation
L’essor que connait la littérature romanesque palestinienne depuis la signature des accords d’Oslo en 1993 nous laisse croire à l’émergence de « nouveaux » romanciers en Palestine. Cette nouvelle production en langue arabe est néanmoins tiraillée par deux logiques opposées : universelle et patriotique. La première se caractérise par la référence aux valeurs universelles qu’entraine l’« ouverture à l’international » dans la nouvelle configuration politique en Palestine. L’enjeu ici peut s’expliquer par la volonté de certains romanciers d’être traduits et lus à l’international, soit d’occuper une place dans la « république mondiale des lettres ». La seconde s’exprime notamment après la fin de la 2e Intifada en 2005 par le « retour » de la cause nationale et de la question coloniale, ce qui fait resurgir le vieux slogan : « l’art, c’est l’engagement ». L’intervention vise ainsi à étudier ces deux logiques et la lutte entre elles dans le champ littéraire palestinien à travers l’analyse des trajectoires de certains romanciers écrivant depuis la Cisjordanie d’une part et la correspondance de ces trajectoires avec les représentations qui animent cette nouvelle production de l’autre.
Sbeih Sbeih est docteur en sociologie, post-doctorant au Labex Med et chercheur à l’IREMAM.
Cette séance n’a pas été enregistrée.
Séance 6. Jeudi 21 mars 2019, salle 407
Cherif Dris, La régulation du nouvel espace audiovisuel privé en Algérie
Sans attendre la promulgation d’un texte de loi qui délimiterait les contours de l’espace audiovisuel privé, des chaines de télévisions ont fait leur apparition à partir de l’année 2011 en Algérie, brisant ainsi le monopole de la télévision publique sur ce domaine. Leur statut juridique n’étant pas clairement défini, la question de leur légalité et des contenus qu’elles offrent s’est rapidement posé. Si la loi sur l’audiovisuel (2014) et la définition des cahiers des charges (2016) ont contribué à lever certaines ambigüités, les dispositions retenues soulèvent une série de questions, qu’il s’agisse des statuts et de la nature de ces chaines (thématiques ou généralistes), des conditions de leur création, des contenus qu’elles doivent proposer et aussi aux missions et prérogatives de l’instance de régulation de l’audiovisuel (ARAV). Ces questionnements posent à nouveau non seulement la question de la perception que les pouvoirs publics en Algérie ont de l’ « ouverture » de l’audiovisuel et de la manière de la réguler mais aussi les rapports entre secteurs public et privé.
Cherif Dris, politologue, est maître de Conférences et président du comité scientifique du département de journalisme à l’École Nationale Supérieure de Journalisme et des Sciences de l’Information d’Alger.
Enrique Klaus, La régulation audiovisuelle au Maroc et en Tunisie : de l’institutionnalisation à la réforme du secteur médiatique
La régulation audiovisuelle au Maghreb central s’inscrit dans une dynamique de convergence de politique publique susceptible de réformer plus ou moins en profondeur l’Etat autant que le secteur médiatique. Elle marque une rupture avec le passé propagandiste et œuvre à l’ouverture de paysages médiatiques nationaux moribonds, dominés par le secteur public. Ainsi ce phénomène s’inscrit-il au confluent de plusieurs logiques (étatiques et commerciales, mais aussi normatives et nationalistes) dont l’articulation est censée être assurée par les autorités de régulation. Comment s’agencent les logiques économiques induites par la libéralisation avec les logiques politiques qui découlent de l’abrogation du monopole étatique sur les ondes ? Qu’advient le « pouvoir d’imposition symbolique » caractéristique selon Bourdieu du champ étatique ? Quelles logiques sociotechniques en dérivent dans la production comme dans les pratiques de consommation médiatiques des audiences maghrébines ? Nous tenterons de répondre à ces questionnements à partir des cas marocain et tunisien, et en dialogue avec l’expérience algérienne présentée lors de ce séminaire par Chérif Dris.
Enrique Klaus est docteur en science politique de l’IEP de Grenoble. Depuis octobre 2018, il est enseignant-chercheur à la Faculté de communication de l’Université Galatasaray. Précédemment, il a été pensionnaire de recherche au CEDEJ au Caire (2004-2011), et au CJB à Rabat (2011-2013), puis postdoctorant MAE à l’IRMC à Tunis (2013-2017), postdoctorant CNRS de l’ERC-TARICA (2017-2018). Parallèlement, il a enseigné au sein de diverses universités en Egypte, au Maroc et en Tunisie. L’essentiel de ses travaux porte sur la régulation audiovisuelle au Maghreb, dans une approche soucieuse des processus d’institutionnalisation des autorités administratives indépendantes qui en ont la charge et, parallèlement, attachée à l’étude de leur production normative en direction du secteur et plus largement de la société marocaine et tunisienne.
Cette séance n’a pas été enregistrée.
Séance 7. Jeudi 11 avril 2019, salle 407
Présentation d’ouvrages
Naomi Sakr and Jeanette Steemers (eds), Children’s TV and Digital Media in the Arab World. Childhood, Screen Culture and Education (IB Tauris, 2017) (présenté par Asmaa Azizi)
Mustafa Kasha and Dan Caspi, The Palestinian Arab in/Outsiders: Media and conflict in Israel, Valentine Mitchell, 2011 (présenté par Sadia Agsous)
Séance 8. Jeudi 16 mai 2019, salle 407
Angélique Girault, La bande dessinée pour adultes dans le Monde arabe : localisme (et ouverture) d’une jeune production
L’émergence dans le monde arabe d’une bande dessinée tournée vers un public adulte a pour particularité de concerner divers contextes nationaux. La quasi simultanéité de cette émergence dans ces différents contextes peut s’expliquer par une similarité des conjonctures sociopolitiques, mais les formes qu’elle a prises résulte aussi de diverses circulations et d’influences réciproques. Bien que l’analyse de cette production invalide l’idée de l’avènement d’une bande dessinée proprement (pan) arabe, les pratiques de ses divers acteurs contribuent au développement d’un espace qui transcende effectivement les frontières nationales. Nous nous proposons d’analyser les facteurs qui déterminent l’ancrage des pratiques autour de l’objet, cherchant ainsi à saisir ce qui influe sur la configuration de ce nouvel espace de production.
Angélique Girault est doctorante en Études arabes (Sorbonne-Université) et en Sciences sociales (EHESS). Elle est rattachée au Centre de Recherches Moyen-Orient Méditerranée (CERMOM) et à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS). Sa recherche porte sur les enjeux et dynamiques liés à l’émergence ainsi qu’au développement de la bande dessinée tournée vers un public adulte dans le Monde arabe au cours de la dernière décennie.
Cette séance n’a pas été enregistrée.
Séance 9. Jeudi 27 juin 2019, salle 413
Cette séance en visioconférence a eu lieu exceptionnellement lieu entre 10h et 12h.
Laetitia Nanquette, La littérature iranienne contemporaine : forme, fonction et circulation
Une littérature peut-elle être mondiale quand les sanctions occidentales, la censure interne et un nationalisme exacerbé contraignent la circulation de son espace principal ? Dans cette présentation, je décrirai comment la littérature iranienne contemporaine fonctionne et circule, de la révolution islamique de 1979 jusqu’à aujourd’hui, à la fois en Iran et dans les pays de la diaspora (principalement États-Unis, Australie et Europe occidentale). Etudier un pays “fermé” comme l’Iran permet d’appréhender de façon plus complète les mécanismes de mondialisation culturelle, au-delà des grands conglomérats éditoriaux et des foires du livre internationales. Dans une deuxième partie, je m’attacherai à décrire le champ littéraire à lintérieur de l’Iran, et les contraintes inernes et externes à une plus grande production littéraire iranienne.
Laetitia Nanquette est enseignante-chercheuse en littérature à l’University of New South Wales, Sydney, Australie. Docteure en études moyen-orientales de la School of Oriental and African Studies, Londres, elle a publié Orientalism versus Occidentalism: Literary and Cultural Imaging Between France and Iran Since the Islamic Revolution (I.B. Tauris, 2013). Se rendant fréquemment en Iran, elle travaille actuellement à un livre sur la littérature iranienne contemporaine et sa circulation à travers le monde.
Cette séance n’a pas été enregistrée.
2019-2020
En raison du mouvement social, les séances du séminaire prévues entre décembre 2019 et mars 2020 ont été reportées en 2020/2021 et/ou annulées. Les séances d’avril, mai et juin ont été reportées en 2020/2021, du fait des mesures sanitaires liées au Coronavirus.
Les séances du séminaire ont eu lieu le jeudi entre 14h00 à 16h00 à la Maison des sciences de l’homme, Paris Nord (20 Avenue George Sand, 93210 Saint-Denis) et au bâtiment de recherche Sud du Campus Condorcet (5 cours des Humanités 93322 Aubervilliers cedex) situés à la sortie du métro Front Populaire (ligne 12).
Séance 1. Jeudi 3 octobre 2019, salle 407, MSH Paris Nord
Simon Mangon : Le monde du « développement médias ». Sociologie des politiques françaises de soutien aux médias dans le monde arabe (Tunisie, Jordanie)
Depuis 2011, les organisations internationales se sont massivement tournées vers les « nouveaux » médias arabes, perçus comme les vecteurs de la « démocratisation ». La France, désireuse de conserver son influence dans la région, apporte un soutien financier à ces structures, et organise la formation de journalistes arabes. Au-delà du simple soutien à la presse, ces dispositifs de « développement médias » apparaissent comme des instruments de politique extérieure, permettant de diffuser une certaine conception du journalisme à l’international. Pour autant, ce soutien étranger ouvre des opportunités professionnelles pour des journalistes et permet à des médias d’émerger à la marge d’un secteur dominé par les champs politique et économique. A partir d’une enquête multi-située (Amman, Paris, Tunis), cette thèse propose d’analyser le monde du « développement médias » comme un espace d’interaction entre des bailleurs internationaux, des ONGs et des médias aux logiques professionnelles multiples. Cet espace transnational est le lieu de luttes politiques et professionnelles qui viennent interroger les frontières du métier journalistique.
Simon Mangon est doctorant à l’Université d’Aix-Marseille, rattaché au laboratoire du CHERPA (Sciences Po Aix). Il prépare une thèse sous la direction de Mohamed Tozy et Magali Nonjon. Son travail porte sur le monde du « développement médias », sur l’émergence de médias « indépendants » en Tunisie et en Jordanie, et sur les dispositifs internationaux de soutien au journalisme.
Séance 2. Jeudi 14 novembre 2019, salle 6.040 (6ème étage), Campus Condorcet bâtiment de recherche Sud, 5 cours des Humanités 93322 Aubervilliers cedex (Métro 12, Front Populaire)
Parisa Pajoohandeh : Les trois pôles du cinéma iranien : les enjeux d’une triangulation tissée (1979-2013) (en visioconférence)
Cette intervention reprend les résultats d’une thèse soutenue à l’Université Paris 3- Sorbonne Nouvelle en 2017 (dir : Kristian Feigelson). Elle porte sur l’industrie cinématographique iranienne. En distinguant trois pôles différenciés du cinéma iranien (« cinéma officiel », « cinéma de l’exil » et « cinéma alternatif »), l’auteure tente, dans une perspective historique, de cerner l’apport de chacun de ces pôles dans la construction d’une « identité » du cinéma iranien. Structurée autour de trois parties, cette présentation questionne, tout d’abord, le statut de l’image animée et l’iconographie dans l’islam chiite, son rôle dans un cinéma pré-révolutionnaire pour se concentrer ensuite, sur la place et la fonction de ces trois figures du cinéma depuis la révolution de 1979 jusqu’à 2013.Une place importante de cette présentation est consacrée, enfin, au « cinéma en exil » et au « cinéma alternatif », depuis 1979, où il sera question plus particulièrement des conditions de leur production et de leur circulation tant en Iran qu’à l’international.
Parisa Pajoohandeh est docteure en Études Cinématographiques et Audiovisuelles de l’Université Sorbonne- Nouvelle Paris III en France. Elle est spécialiste du cinéma iranien postrévolutionnaire. Elle a soutenue sa thèse en décembre 2017 sur « Les trois pôles du cinéma iranien: les enjeux d’une triangulation tissée (1979-2013) ». Elle possède de nombreuses années d’expérience professionnelle dans le secteur audiovisuel chez CTV (Télévision canadienne). Elle poursuit également un projet de post-doctorat intitulé « Alternative Cinema – A fragment of plural – identity » pour l’année 2020 au Canada. Elle travaille présentement sur son deuxième court-métrage “Nowhere Land” au Canada.
Séance 3. Jeudi 12 décembre 2019, salle 406, MSH Paris Nord
Cette séance a été reportée en octobre 2020 en raison du mouvement social.
Jade Montané : L’implantation de l’AFP au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : une longue histoire rythmée par des accords entre les grandes agences de presse, la décolonisation et les enjeux stratégiques de l’Etat français
Comment l’Agence France-Presse est-elle devenue une des principales sources d’information des médias du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ? L’AFP voit le jour en 1944, à la Libération de Paris dans le but de recréer une grande agence de presse française capable de faire entendre sa voix aux quatre coins du monde. Pour le rayonnement de la France à l’étranger, l’AFP hérite des bureaux bâtis par l’agence Havas, l’une des plus grandes agences de presse des XIXe et XXe siècles et de la fusion des différentes agences dissidentes de l’Office français d’information (OFI), ancienne branche information d’Havas, transformée par le gouvernement de Vichy en vecteur de la propagande nazie. C’est à Londres que d’anciens journalistes d’Havas information donnent naissance à l’Agence française indépendante (AFI), première agence dissidente de l’OFI, qui prend pied au Caire, au Liban, en Syrie et en Palestine. En 1942, c’est le bureau d’Havas à Alger qui fait sécession afin d’émettre comme l’AFI une information française « libre ». Après la Seconde Guerre mondiale, la nouvelle AFP est présente dans la majorité des pays d’Afrique du Nord qui sont sous domination française mais aussi en Egypte, au Liban, en Turquie, en Iran, en Palestine et en Israël. Après la guerre d’Algérie, l’AFP, qui était la seule agence de presse à avoir un bureau à Alger garde, voire développe, sa présence sur le continent africain. Au Moyen-Orient, la décolonisation et le souhait du Général de Gaulle d’étendre l’influence française offrent à l’AFP les moyens de diffuser un service de nouvelles en langue arabe et devenir, dans les années 1970, la principale source d’information des médias de la région y compris pour les pays du Golfe qui étaient sous domination britannique. En 1987, pour continuer à couvrir et à transmettre son information à l’ensemble des pays de la région dont Israël et faciliter la circulation de ses journalistes, l’AFP installe sa direction régionale du Moyen-Orient dans un pays « neutre » à Chypre. Après le printemps arabe, les trois bureaux d’Afrique du Nord sont rattachés à Nicosie qui devient la direction régionale Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) qui gère l’ensemble des bureaux de la zone et diffuse, en texte, photo et vidéo, une information en anglais, arabe et français.
Jade Montané vient de finaliser un doctorat en histoire : L’AFP une entreprise unique, des origines à l’histoire de son statut d’exception, 1832-2015. Chargée des projets d’éducation à l’Agence France Presse, elle travaille actuellement sur deux programmes : un projet européen d’éducation aux médias, Youcheck! en partenariat avec l’université d’Uppsala en Suède, des universités espagnole et roumaine ainsi que des chercheurs de Paris 3 Sorbonne Nouvelle ; un projet d’éducation pour le ministère de l’Education nationale et particulièrement pour le portail edutheque.fr. Enfin, elle enseigne l’histoire des médias et la culture numérique à l’Université de Saint Quentin en Yvelines (UVSQ).
Séance 4. Jeudi 16 janvier 2020, salle 411, MSH Paris Nord
Cette séance a été reportée en janvier 2021 en raison du mouvement social.
Marie Pierre-Bouthier : Parcours transnationaux de cinéastes marocains (des années 1950 à nos jours). Le cas de la formation des pionniers dans les années 1960-70
Cet exposé se propose de re-parcourir l’histoire du cinéma marocain, de ses cinéastes et de ses productions filmiques, à l’aune des progrès de l’histoire transnationale. Il s’intéressera plus particulièrement aux parcours de cinéastes entre plusieurs pays : formation à l’étranger, expatriation, bi-nationalité, ou co-production internationale. On effectuera dans un premier temps un panorama de ces différents liens possibles avec les pays étrangers pour les cinéastes marocains, en particulier les documentaristes : dans quelles conditions ces départs se font-ils ? quelles conséquences cela a-t-il sur les dispositifs de production ? quels liens sont-ils gardés avec le pays d’origine ? On verra que les femmes sont particulièrement concernées depuis les années 1980 par ce « détour par l’étranger » pour pouvoir travailler et devenir des cinéastes marocaines reconnues. Dans un second temps, on se penchera plus précisément sur la question de la formation à l’étranger, et plus particulièrement sur la période des années 1960-70 où les pionniers du cinéma marocain n’avaient d’autre choix que de partir étudier l’art filmographique à l’étranger, principalement à Paris et à Lodz (Pologne populaire). On verra dans quelles conditions ces départs (et ces retours) se faisaient, en quoi consistaient cette expérience étudiante, et quelles conséquences elle a pu avoir sur leurs carrières, leurs choix de vie, leurs dispositifs de production, et leurs ambitions de cinéastes.
Marie Pierre-Bouthier est docteure en histoire du cinéma de l’Université Paris 1, et diplômée de l’ENS de Paris en Cinéma et Etudes Arabes. Ses recherches, ainsi que ses activités de programmatrice au sein du « Maghreb des Films », portent sur les gestes documentaires de résistance au Maroc et en Tunisie, sur l’œuvre d’Ahmed Bouanani, sur les écoles de cinéma, et sur le genre documentaire. Elle a publié dans Trafic, la Revue d’Études des Mondes Musulmans et Méditerranéens et le Journal of North-African Studies.
Séance 5. Jeudi 6 février 2020, salle 406, MSH Paris-Nord
Cette séance a été annulée en raison du mouvement social.
Cristina Moreno Almeida, Rap Beyond Resistance: Staging Power in Contemporary Morocco (en visioconférence)
A new young king, the proliferation of music festivals promoting contemporary genres and the 2003 Casablanca terrorist attacks frame the irruption of rap music into mainstream Moroccan media at the beginning of 2000s. Rap as the new ‘cool’ found itself in a privileged position favoured by a state and urban elites who imagined rappers and hip hop culture as ambassadors of a modern, moderate and liberal ‘new’ Morocco. This presentation based in the findings of my book Rap Beyond Resistance: Staging Power in Contemporary Morocco, brings light to a vibrant and varied rap scene diverse in its political discourses, and its relationship with the country’s elites. While Morocco has one of the most vibrant rap scenes in the Arabic-speaking world, this youth culture has mostly been observed as a tool of resistance. Global media and academics have directed their attention to what they see as politically engaged rappers. The result is a partial image of the rap scene that highlights what fits into Western discourses on democratization and progress, especially since the 2011 popular uprisings in the region. This framework results in an epistemological categorisation that position rappers as co-opted or resistors and thus perpetuates mainstream narratives that portray North African youth culture uniquely as a protest culture. Narrow definitions of resistance obscure the work of many other rappers that do not fit in with the Western secular idea of engagement. Theoretically, this presentation explores resistance arguing towards the need of different epistemological frameworks in which to look at narratives of cultural resistance in the Arabic-speaking world. Empirically, it provides an in-depth look at the politics of rap culture in Morocco. I challenge spaces where resistance has been loosely associated to rap and explore acts of resistance that may remain concealed to many. By exploring what is political, I bring light to a vibrant and diverse rap scene diverse in its political discourses – patriotic, rebellious, conservative and religious– and also uncover different ways in which young artists are being political beyond ‘radical lyrics’ such as through visual culture and the political economy of the music field often overlooked in studies on dissent.
Cristina Moreno Almeida, PhD, is a British Academy Postdoctoral Fellow in the Department of Digital Humanities at King’s College London. Her research is about culture, power, and resistance at the intersection of society, politics and digital media. Her current work analyses memes and digital cultures in Morocco looking at the social, cultural and political ramifications of disseminating cultural production on online digital platforms. She previously worked at the LSE Middle East Centre and the Department of Media and Communications on the project ‘Personalised Media and Participatory Culture’ with American University Sharjah researching young people’s participatory culture, the internet and creative production (2015-2017). She has published on youth, digital media, culture, and resistance. Her latest book is entitled Rap Beyond Resistance: Staging Power in Contemporary Morocco (Palgrave, 2017).
Séance 6. Jeudi 12 mars 2020, salle 413, MSH Paris Nord
Cette séance a été annulée en raison du mouvement social.
Abir Krefa : Misère de position et quête de reconnaissance des écrivain.e.s tunisien.ne.s
À l’instar de leurs homologues dans les espaces littéraires centraux, les écrivain.e.s tunisien.ne.s se caractérisent par leur haut degré de formation scolaire. Ils et elles exercent les métiers d’enseignant.e.s (du secondaire ou du supérieur), de journalistes ou de cadres dans l’animation culturelle. Leurs pratiques lectorales les rapprochent également des autres écrivain.e.s. Ils et elles apparaissent toutefois condamné.e.s, en raison du contexte autoritaire, de l’étroitesse du marché des nouveautés littéraires et l’inégale distribution du capital symbolique à l’échelle mondiale (Casanova 2008), à vivre une « misère de position » (Bourdieu 1993). Différente de la « grande misère » dont les traits sont la pauvreté et le dénuement économique, la « misère de position » se définit par l’occupation d’une position dominée à l’intérieur d’un univers prestigieux et privilégié. Les rapports de genre tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’univers littéraire tunisien relèguent les écrivaines davantage à la marge. En essayant d’éviter le double écueil du « misérabilisme » et du « populisme » (Grignon et Passeron, 1989), Abir Kréfa éclairera les activités littéraires improbables des écrivain.e.s tunisien.ne.s. En se fondant sur l’ouvrage (2019) issu de sa thèse, elle reviendra sur les modes et processus de leur socialisation littéraire ainsi que sur leurs rapports, diversifiés, à la domination (de sexe, des espaces littéraires centraux).
Références bibliographiques : Bourdieu Pierre (dir.), 1993, La misère du monde, Paris, Seuil ; Casanova Pascale, 2008, La république mondiale des lettres [1999], Paris, Seuil ; Grignon Claude et Passeron Jean-Claude, 1989, Le savant et le populaire. Misérabilisme et populisme en sociologie et littérature, Paris, Le Seuil/Gallimard ; Kréfa Abir, 2019, Écrits, genre et autorités. Enquête en Tunisie, Lyon, ENS éditions.
Séance 7. Jeudi 23 avril 2020, salle 413 MSH Paris Nord
Cette séance a été reportée en novembre 2020 en raison des restrictions liées au Coronavirus.
Aziliz Kondracki, Arabs got formats : Pour une ethnographie de la chaîne de distribution, de production et de diffusion du format télévisuel “Idols” depuis le Royaume-Uni jusqu’au monde arabe
A partir de l’observation de la chaîne de circulation du format Idols – du distributeur jusqu’au diffuseur – la visée de cette recherche de Master a été d’analyser et de comprendre comment ce bien économique et culturel se transforme pour la production d’une émission locale. La transaction de ce format est encadrée par des dispositifs qui veillent à fixer les règles inhérentes à son processus d’adaptation et à réguler le processus de recyclage dont il fait l’objet. Les systèmes médiatiques britanniques et français participent à la formation du système médiatique panarabe en accompagnant les producteurs locaux dans la production de cette émission formatée. Dans ce décor, le format fait donc l’objet d’appropriations multiples, et le modèle de production dont le format est le véhicule devient le support d’un long processus d’agrégation et d’accumulation de savoirs, de techniques mais aussi de normes et de valeurs. En cela, l’émission locale est le résultat d’un processus transactionnel complexe dans lequel les idées circulent, sont générées ou reformulées. Dès lors, la construction et le maintien de relations sociales significatives entre acteurs divers semble devenir alors une condition sine qua non pour que ce bien circule, s’échange, se transforme.
Aziliz Kondracki est titulaire d’un Master d’Anthropologie sociale et historique de l’Université Jean Jaurès de Toulouse. Elle a réalisé un terrain ethnographique multi-sites pendant deux ans à Londres, Paris, Dubaï et Beyrouth.
Séance 8. Jeudi 14 mai 2020, salle 413 MSH Paris Nord
Cette séance a été reportée au mois de janvier 2021.
Maria Adib-Doss, Les talk-shows politiques en Egypte avant la révolution : des arènes de dissidence sous contrôle
Les talk-shows politiques en Egypte constituent un genre télévisuel qui a marqué la scène
aussi bien médiatique que politique en Egypte pendant deux décennies. Accompagnant la
vague de l’ouverture audiovisuel et installé pendant les heures de prime-time, ce dispositif a permis la manifestation de processus sociaux, notamment des mouvements d’opposition, en leur permettant de s’exprimer et de gagner en visibilité. Ces émissions ont fait partie de dynamiques de modernisation de l’autoritarisme sous Moubarak et les ont alimentées, défiant ainsi le pouvoir politique. Elles ont gagné des rôles et un espace de parole que le pays n’avait pas connu depuis 1952, dépassant leur fonction première qui était conçue par le pouvoir et ce, malgré les outils de contrôle que ce dernier a conservés pour garantir un minimum de mainmise sur les médias. Au fil du temps, les professionnels des médias ont pu élargir leurs marges de manœuvre, ce qui leur a permis de détourner les tentatives de contrôle et d’élargir ainsi les domaines de luttes et les espaces de contentieux. Cette présentation revient sur la naissance de ce dispositif, ses modalités de fonctionnement mais aussi sur les moyens de
contrôle et de régulation exercés par le pouvoir politique.
Maria Adib Doss, docteure en Science politique de l’Université Paris II Assas, rattachée au CARISM (Centre d’Analyse et de Recherche Interdisciplinaire sur les Médias), chercheuse associée à l’IEDES (Institut d’Etudes du Développement de la Sorbonne) et maîtresse de conférences associée à l’Université du Caire.
Séance 9. Jeudi 11 juin 2020, salle 413 MSH Paris Nord
Cette séance a été reportée en décembre 2020 en raison du contexte sanitaire.
Romain Lecler, Une contre-mondialisation audiovisuelle ou comment la France exporte la diversité culturelle (en visioconférence)
La réussite de CNN International, le succès financier croissant des blockbusters d’Hollywood à l’étranger ou la diffusion des séries américaines sur les télévisions du monde entier : ces phénomènes ont incité à parler, dès les années 1980, d’une mondialisation audiovisuelle. Celle-ci est sans conteste dominée par les entreprises américaines. Mais des diplomates français ont réagi et initié très tôt une politique de « contre-mondialisation » audiovisuelle qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Plusieurs chaînes de télévision transnationales, à commencer par TV5 en 1984, ont alors vu le jour. Une cinquantaine de spécialistes de la télévision et du cinéma sont apparus dans les ambassades françaises – expérience qu’aucun autre pays étranger n’a imitée. Le soutien aux exportations de cinéma et de télévision a aussi permis de mobiliser durablement les professionnels français de l’audiovisuel. Cette politique française a misé sur la diplomatie de la diversité culturelle plutôt que sur le box office international. Elle s’est tournée vers d’autres pays dominés dans la mondialisation audiovisuelle, comme les pays francophones, associés à TV5 ou les pays dits « du Sud », en particulier vers ceux d’Afrique et du Proche et Moyen-Orient.
Romain Lecler est professeur de politiques mondiales au département de Science politique de l’université du Québec à Montréal. Il est l’auteur de Sociologie de la mondialisation (Paris, La Découverte, 2013) et a coordonné le Guide de l’enquête globale en sciences sociales (Paris, CNRS éditions, 2015). Il a publié de nombreux articles sur la mondialisation audiovisuelle, la diplomatie culturelle, les marchés internationaux, les télévisions internationales et le cinéma du monde.
2020-2021
Séance 1 : 15 octobre 2020 – salle 3.023 (3ème étage)
Jade Montané : L’implantation de l’AFP au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : une longue histoire rythmée par des accords entre les grandes agences de presse, la décolonisation et les enjeux stratégiques de l’Etat français
Comment l’Agence France-Presse est-elle devenue une des principales sources d’information des médias du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ? L’AFP voit le jour en 1944, à la Libération de Paris dans le but de recréer une grande agence de presse française capable de faire entendre sa voix aux quatre coins du monde. Pour le rayonnement de la France à l’étranger, l’AFP hérite des bureaux bâtis par l’agence Havas, l’une des plus grandes agences de presse des XIXe et XXe siècles et de la fusion des différentes agences dissidentes de l’Office français d’information (OFI), ancienne branche information d’Havas, transformée par le gouvernement de Vichy en vecteur de la propagande nazie. C’est à Londres que d’anciens journalistes d’Havas information donnent naissance à l’Agence française indépendante (AFI), première agence dissidente de l’OFI, qui prend pied au Caire, au Liban, en Syrie et en Palestine. En 1942, c’est le bureau d’Havas à Alger qui fait sécession afin d’émettre comme l’AFI une information française « libre ». Après la Seconde Guerre mondiale, la nouvelle AFP est présente dans la majorité des pays d’Afrique du Nord qui sont sous domination française mais aussi en Egypte, au Liban, en Turquie, en Iran, en Palestine et en Israël. Après la guerre d’Algérie, l’AFP, qui était la seule agence de presse à avoir un bureau à Alger garde, voire développe, sa présence sur le continent africain. Au Moyen-Orient, la décolonisation et le souhait du Général de Gaulle d’étendre l’influence française offrent à l’AFP les moyens de diffuser un service de nouvelles en langue arabe et devenir, dans les années 1970, la principale source d’information des médias de la région y compris pour les pays du Golfe qui étaient sous domination britannique. En 1987, pour continuer à couvrir et à transmettre son information à l’ensemble des pays de la région dont Israël et faciliter la circulation de ses journalistes, l’AFP installe sa direction régionale du Moyen-Orient dans un pays « neutre » à Chypre. Après le printemps arabe, les trois bureaux d’Afrique du Nord sont rattachés à Nicosie qui devient la direction régionale Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) qui gère l’ensemble des bureaux de la zone et diffuse, en texte, photo et vidéo, une information en anglais, arabe et français.
Jade Montané vient de finaliser un doctorat en histoire : L’AFP une entreprise unique, des origines à l’histoire de son statut d’exception, 1832-2015. Chargée des projets d’éducation à l’Agence France Presse, elle travaille actuellement sur deux programmes : un projet européen d’éducation aux médias, Youcheck! en partenariat avec l’université d’Uppsala en Suède, des universités espagnole et roumaine ainsi que des chercheurs de Paris 3 Sorbonne Nouvelle ; un projet d’éducation pour le ministère de l’Education nationale et particulièrement pour le portail edutheque.fr. Enfin, elle enseigne l’histoire des médias et la culture numérique à l’Université de Saint Quentin en Yvelines (UVSQ).
Séance 2. Jeudi 19 novembre 2020 – – salle 3.023 (3ème étage)
Aziliz Kondracki : Arabs got formats : l’adaptation d’une émission de télé-réalité britannique pour le monde arabe : une collaboration franco-libanaise
À partir de l’observation de la chaîne de circulation du format Idols, du distributeur jusqu’au diffuseur, la visée de cette recherche de Master a été d’analyser et de comprendre comment ce bien économique et culturel se transforme pour la production d’une émission locale. La transaction de ce format est encadrée par des dispositifs qui veillent à fixer les règles inhérentes à son processus d’adaptation et à réguler le processus de recyclage dont il fait l’objet. Les systèmes médiatiques britanniques et français participent à la formation du système médiatique panarabe en accompagnant les producteurs locaux dans la production de cette émission formatée. Dans ce décor, le format fait donc l’objet d’appropriations multiples, et le modèle de production dont le format est le véhicule devient le support d’un long processus d’agrégation et d’accumulation de savoirs, de techniques mais aussi de normes et de valeurs. En cela, l’émission dite locale est le résultat d’un processus transactionnel complexe dans lequel les idées circulent, sont générées ou reformulées. Dès lors, la construction et le maintien de relations sociales significatives entre acteurs divers semble devenir alors une condition sine qua non pour que ce bien circule, s’échange, se transforme.
Aziliz Kondracki est doctorante au Centre Norbert Elias de Marseille (EHESS, CNRS, INSHS) sous la direction de Boris Pétric. La thèse qu’elle prépare porte désormais sur la circulation d’un format télévisuel sud-coréen déjà adapté en France et qui le sera prochainement pour le monde arabe.
Séance 3. Jeudi 17 décembre 2020- salle 3.023 (3ème étage)
Romain Lecler, Une contre-mondialisation audiovisuelle ou comment la France exporte la diversité culturelle (en visioconférence)
La réussite de CNN International, le succès financier croissant des blockbusters d’Hollywood à l’étranger ou la diffusion des séries américaines sur les télévisions du monde entier : ces phénomènes ont incité à parler, dès les années 1980, d’une mondialisation audiovisuelle. Celle-ci est sans conteste dominée par les entreprises américaines. Mais des diplomates français ont réagi et initié très tôt une politique de « contre-mondialisation » audiovisuelle qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Plusieurs chaînes de télévision transnationales, à commencer par TV5 en 1984, ont alors vu le jour. Une cinquantaine de spécialistes de la télévision et du cinéma sont apparus dans les ambassades françaises – expérience qu’aucun autre pays étranger n’a imitée. Le soutien aux exportations de cinéma et de télévision a aussi permis de mobiliser durablement les professionnels français de l’audiovisuel. Cette politique française a misé sur la diplomatie de la diversité culturelle plutôt que sur le box office international. Elle s’est tournée vers d’autres pays dominés dans la mondialisation audiovisuelle, comme les pays francophones, associés à TV5 ou les pays dits « du Sud », en particulier vers ceux d’Afrique et du Proche et Moyen-Orient.
Romain Lecler est professeur de politiques mondiales au département de Science politique de l’université du Québec à Montréal. Il est l’auteur de Sociologie de la mondialisation (Paris, La Découverte, 2013) et a coordonné le Guide de l’enquête globale en sciences sociales (Paris, CNRS éditions, 2015). Il a publié de nombreux articles sur la mondialisation audiovisuelle, la diplomatie culturelle, les marchés internationaux, les télévisions internationales et le cinéma du monde.
Séance 4. 21 janvier 2021 – salle 3.023 (3ème étage)
14h-17h
Séance hors-thème de reprogrammation de séances de l’année dernière
Maria Adib-Doss, Les talk-shows politiques en Egypte avant la révolution : des arènes de dissidence sous contrôle
Les talk-shows politiques en Egypte constituent un genre télévisuel qui a marqué la scène aussi bien médiatique que politique en Egypte pendant deux décennies. Accompagnant la vague de l’ouverture audiovisuel et installé pendant les heures de prime-time, ce dispositif a permis la manifestation de processus sociaux, notamment des mouvements d’opposition, en leur permettant de s’exprimer et de gagner en visibilité. Ces émissions ont fait partie de dynamiques de modernisation de l’autoritarisme sous Moubarak et les ont alimentées, défiant ainsi le pouvoir politique. Elles ont gagné des rôles et un espace de parole que le pays n’avait pas connu depuis 1952, dépassant leur fonction première qui était conçue par le pouvoir et ce, malgré les outils de contrôle que ce dernier a conservés pour garantir un minimum de mainmise sur les médias. Au fil du temps, les professionnels des médias ont pu élargir leurs marges de manœuvre, ce qui leur a permis de détourner les tentatives de contrôle et d’élargir ainsi les domaines de luttes et les espaces de contentieux. Cette présentation revient sur la naissance de ce dispositif, ses modalités de fonctionnement mais aussi sur les moyens de contrôle et de régulation exercés par le pouvoir politique.
Maria Adib-Doss, docteure en Science politique de l’Université Paris II Assas, rattachée au CARISM (Centre d’Analyse et de Recherche Interdisciplinaire sur les Médias), chercheuse associée à l’IEDES (Institut d’Etudes du Développement de la Sorbonne) et maîtresse de conférences associée à l’Université du Caire.
Marie Pierre-Bouthier : Parcours transnationaux de cinéastes marocains (des années 1950 à nos jours). Le cas de la formation des pionniers dans les années 1960-70
Cet exposé se propose de re-parcourir l’histoire du cinéma marocain, de ses cinéastes et de ses productions filmiques, à l’aune des progrès de l’histoire transnationale. Il s’intéressera plus particulièrement aux parcours de cinéastes entre plusieurs pays : formation à l’étranger, expatriation, bi-nationalité, ou co-production internationale. On effectuera dans un premier temps un panorama de ces différents liens possibles avec les pays étrangers pour les cinéastes marocains, en particulier les documentaristes : dans quelles conditions ces départs se font-ils ? quelles conséquences cela a-t-il sur les dispositifs de production ? quels liens sont-ils gardés avec le pays d’origine ? On verra que les femmes sont particulièrement concernées depuis les années 1980 par ce « détour par l’étranger » pour pouvoir travailler et devenir des cinéastes marocaines reconnues. Dans un second temps, on se penchera plus précisément sur la question de la formation à l’étranger, et plus particulièrement sur la période des années 1960-70 où les pionniers du cinéma marocain n’avaient d’autre choix que de partir étudier l’art filmographique à l’étranger, principalement à Paris et à Lodz (Pologne populaire). On verra dans quelles conditions ces départs (et ces retours) se faisaient, en quoi consistaient cette expérience étudiante, et quelles conséquences elle a pu avoir sur leurs carrières, leurs choix de vie, leurs dispositifs de production, et leurs ambitions de cinéastes.
Marie Pierre-Bouthier est docteure en histoire du cinéma de l’Université Paris 1, et diplômée de l’ENS de Paris en Cinéma et Etudes Arabes. Ses recherches, ainsi que ses activités de programmatrice au sein du « Maghreb des Films », portent sur les gestes documentaires de résistance au Maroc et en Tunisie, sur l’œuvre d’Ahmed Bouanani, sur les écoles de cinéma, et sur le genre documentaire. Elle a publié dans Trafic, la Revue d’Études des Mondes Musulmans et Méditerranéens et le Journal of North-African Studies.
Séance 5. Jeudi 11 février 2021
Chirine Ben Abdallah : Les enjeux de l’information à la télévision tunisienne publique en situation de transition sociopolitique (post janvier 2011)
Cette intervention reprend les conclusions de ma thèse soutenue en 2016. Au carrefour de la sociologie de l’art, la sociologie de la communication et la sociologie politique, ce travail a pour objectif de mettre en lumière les enjeux suscités par la production de l’information dans les chaînes de télévision tunisiennes à l’échelle à la fois macro (les relations institutionnelles) et micro (les acteurs concernés) sociale.
Depuis l’indépendance, la télévision publique en Tunisie n’a cessé d’être le porte-parole des régimes successifs des présidents Bourguiba et Ben Ali. Utilisé à des degrés différents par les deux régimes comme un outil de propagande, l’audiovisuel tunisien se retrouve au lendemain du 14 janvier 2011 confronté à sa nécessaire reconstruction, avec un lourd héritage. Jusqu’alors, on ne s’intéressait à la télévision tunisienne qu’au niveau de ses contenus. Cette étude invite à réfléchir à la télévision en tant qu’outil, en tant qu’instrument social et politique.
Il sera plus particulièrement question ici des relations de coopération au cœur de la « transition démocratique » en Tunisie et plus particulièrement les relations franco-tunisiennes, en analysant le rôle et la stratégie audiovisuels de la France, ceux des chaînes de l’audiovisuel extérieur de la France et les actions d’accompagnement menées par les partenaires français. Compte tenu du recul nécessaire pour ce genre d’études, nous ne prétendons pas apporter une lecture analytique des processus en cours, mais plutôt proposer une simple photographie d’un secteur en pleine mutation. Nous avons opté pour une approche théorique « compréhensive », fondée sur les entretiens avec des journalistes, experts, acteurs du champ audiovisuel ou encore des cyberdissidents (24 en Tunisie, 18 en France).
Nous avons souhaité à travers cette enquête documenter l’histoire de la télévision tunisienne et de ses relations avec ses partenaires internationaux. Nous y proposons une synthèse des principaux « moments » de cette télévision, par une restitution de la parole et des attitudes de ses acteurs tant dans sa période de régime autocratique qu’au moment de l’ouverture médiatique opérée depuis 2011, avec une analyse des modalités sociopolitiques du partenariat télévisuel franco-tunisien. Le contexte politique de l’après 14 janvier 2011 ouvre des possibilités nouvelles et demeure jusqu’à présent en perpétuelle mutation.
Chirine Ben Abdallah est enseignante à l’Université Sorbonne Nouvelle- Paris 3, chercheure associée au laboratoire Communication et politique LCP-Irisso. Elle a soutenu en 2016 une thèse en sociologie réalisée en cotutelle (Sorbonne Paris Cité, Université de Tunis El Manar). Spécialisée en sociologie de la communication et des médias, elle a eu plusieurs expériences professionnelles dans le monde académique et en dehors dans des organisations internationales.
Séance 6. Jeudi 11 mars 2021
Sonia Mejri, Analyse des conceptions et des images de l’islam et des peuples arabes dans les manuels scolaires français d’histoire : l’exemple de la représentation des femmes et des hommes musulmans
S’inscrivant dans le champ de l’histoire culturelle, cette analyse des conceptions et des images de l’Islam et des arabes dans les manuels scolaires d’histoire en France s’appuie également sur les travaux de sociologie et de psychologie sociale afin de mieux cerner les termes de représentation et de stéréotype. Elle est aussi empreinte des réflexions issues des sciences de l’éducation permettant de situer le manuel scolaire et son histoire. Par ailleurs, le contexte de cette étude inclut l’intérêt pour l’enseignement de l’histoire, qui élabore et transmet un récit historique public en faisant des choix parmi les savoirs, les évènements, les interprétations et les documents disponibles. Les programmes d’histoire encadrent les savoirs à dispenser dans les classes.
L’histoire de la naissance de l’Islam, de ses premiers siècles et des musulmans (arabes ou non) à travers le temps et l’espace font partie du programme d’histoire du collège et du lycée, en France, depuis moins d’un siècle. Le manuel scolaire vient en soutien à l’enseignement. Il a un rôle particulier dans la construction des identités, à la fois objet mis en place et validé par l’institution, socle et repère dans les relations entre l’enseignant et l’élève et photographie de la société à un moment donné. De nombreux chercheurs ont souligné l’importance de cet outil pour l’élève et le maître ainsi que pour la transmission des valeurs prônées. L’analyse des conceptions (manière de percevoir une idée) et des images (encadrement non-écrit) révèlent la présence et la persistance de stéréotypes (image préconçue d’un sujet dans un cadre de référence donné, telle qu’elle y est habituellement admise et véhiculée), la réification (aménagement de l’histoire qui exclut la diversité des niveaux d’approche de certains thèmes) et des contrastes réguliers entre l’histoire donnée à lire dans les manuels scolaires et l’histoire « savante »
Ma méthode d’analyse croise les façons dont se sont constituées ces conceptions, le choix et l’utilisation de l’iconographie et des textes. J’ai relevé et analysé les discours écrits, les documents iconographiques, les documents choisis, les cartes et les citations de référence. De ces analyses, je dégage, classe et compare les thèmes évoqués, les thèmes omis et la façon dont les thèmes sont présentés. J’ai également élaboré des critères de stéréotypes et de réification sur la base d’un relevé minutieux des photos et occurrences et leur classement selon s’ils véhiculent une vision négative, positive ou neutre. Les « trois systèmes de contraintes » de la compréhension d’un texte analysés par Roger Chartier cadrent l’ensemble de la méthode : le sens visé, la forme dans laquelle ce texte est disséminé, les conventions et les compétences partagées par les lecteurs qui reçoivent le texte. A la lumière de ces considérations, je présenterai un exemple, celui de la représentation de la femme et de l’homme arabo-musulmans et/ou musulmans.
Pour être plus précise sur le corpus, j’ai étudié les manuels scolaires du fond du Centre d’Etudes, de Documentation et de Recherches en Histoire de l’Education de l’ESPE de Montpellier, soit deux cent douze manuels scolaires recensés. La période historique retenue (1948-2008) pour le choix des manuels scolaires a été guidée par des changements majeurs survenus dans les instructions officielles. Tout en cernant les conséquences et répercussions des profonds changements historiques survenus en France et dans le monde entre 1948 et 2008, ce corpus vient également présenter les évolutions du manuel scolaire, fortement influencées par les changements en didactique tout en devenant un objet dans le vaste champ des produits de consommation. Pour déterminer le corpus, le choix s’est opéré en fonction des programmes. J’ai recherché les classes qui ont au programme d’histoire, un enseignement sur l’Islam et/ou les peuples arabes : la classe cinquième, de seconde et de terminale sont concernées. Plusieurs périodes de l’histoire de l’Islam et des Arabo-musulmans sont étudiées : naissance de l’Islam, civilisations au XIIe siècle, élargie par la suite à la Méditerranée au XIIe siècle, conflits et terrorisme (XXe siècle).
Bibliographie
Antoine Prost, Éducation, société et politiques. Une histoire de l’enseignement en France, de 1945 à nos jours, Paris, Seuil, coll. « Points histoire », 1992.
Roger Chartier, Au bord de la falaise : l’histoire entre certitudes et inquiétude, Albin Michel, Paris, 1998.
Roger Chartier, Les origines culturelles de la Révolution Française, Seuil, coll. « Points / Histoire », Paris, 1999 (réédition).
Mohammed Arkoun (dir.), Histoire de l’Islam et des musulmans en France, Du Moyen Âge à nos jours, Albin Michel, 2006.
Sonia Mejri est docteure en sciences de l’éducation de l’Université Montpellier 2. Enseignante spécialisée du premier degré, ses recherches portent sur les représentations du fait religieux, et plus particulièrement de fait religieux musulman. À travers l’analyse des textes, cartes et illustrations de manuels scolaires d’histoire, Sonia Mejri examine comment sont véhiculées et transmises les conceptions et les images de l’Islam et des Arabes et leurs évolutions sur soixante ans.
Séance 7. Jeudi 15 avril 2021
Celia Hassani, L’Institut Français du Liban : les relations d’un opérateur culturel majeur avec les scènes artistiques locales
En septembre 2020 sont/étaient prévues les célébrations du centenaire de l’État du Grand-Liban, proclamé par le général Henri Gouraud, représentant de l’autorité française mandataire sur la Syrie. La présence culturelle française au Liban va s’intensifier dès le milieu du XIXe siècle avec l’implantation d’écoles qui vont constituer des instruments de diffusion de la langue et de la culture françaises. La place importante de la francophonie au Liban forme un cas unique dans la région : on en veut pour preuve l’existence de neuf antennes de l’Institut Français sur l’ensemble de ce petit territoire. Lieu d’enseignement mais aussi de diffusion, l’Institut Français du Liban représente aussi un des opérateurs culturels incontournables de la scène locale. Cette communication cherchera à apporter des éléments d’analyse de la politique culturelle mise en œuvre par l’Institut Français au Liban. En le replaçant au sein d’une constellation d’acteurs locaux et étrangers, privés et institutionnels, il s’agira non seulement de mettre en évidence les problématiques liées aux différents circuits de financement et de labellisation, et leur impact sur la production artistique locale, mais aussi plus largement, d’apporter des éléments de compréhension aux phénomènes d’influence « réputationnelle » et de Soft power en examinant les missions et domaines d’action prioritaires de l’Institut Français ces dernières années.
Célia Hassani est doctorante à Aix-Marseille Université (IREMAM – LESA) et axe son travail sur le rôle et la mobilisation d’intermédiaires de l’art pour le développement des politiques culturelles au Liban. Elle a également obtenu une bourse de l’Orient Institut Beirut (OIB), centre de recherche allemand pour lequel elle réalise une étude sur les mécanismes de financement public de la culture au Liban, en partenariat avec l’ONG al-Mawrid al-Thaqāfī. Elle travaille également en tant que consultante dans le domaine du renforcement des capacités auprès d’acteurs culturels de la région MENA. Ses récents travaux de recherche portent sur les questions de l’art dans l’espace public dans le contexte libanais de la « révolution » d’octobre 2019. (Chapitre d’ouvrage à paraître dans Bristol : Policy Press).
Séance 8. Jeudi 20 mai 2021
Lectures
François Chaubet, La politique culturelle française et la diplomatie de la langue : l’alliance française (1883-1940), Paris, L’Harmattan, 2006 (présenté par Simon Mangon).
Mellouki Riffi, La politique française de coopération avec les Etats du Maghreb (1955-1987), Publisud, 1989 (présenté par Abdelfettah Benchenna).
Claire Visier, L’Etat et la coopération, la fin d’un monopole : l’action culturelle française au Maghreb, L’Harmattan, 2003 (présenté par Dominique Marchetti).
Séance 9. Jeudi 17 juin 2021
Olivier Koch et Simon Mangon, L’Union européenne, nouvel acteur de l’aide aux médias dispensée par la France en Tunisie
Canal France International (CFI) est l’opérateur « historique » de l’aide aux médias dispensée par la France à travers le monde. Depuis les années 2010, dans un contexte national de réductions budgétaires, cet organisme de diplomatie publique dépend plus largement des financements de l’Union européenne. Afin de cadrer avec les recommandations de ce bailleur de fonds, CFI a progressivement réorienté ses programmes en reprenant les catégories de l’Union sur les « bonnes » pratiques journalistiques et sur le type de « bénéficiaires » à privilégier. Ainsi, le journalisme « indépendant » ou d’« investigation », l’« empowerment » des femmes journalistes, ont concentré ou concentrent désormais une partie substantielle de l’aide aux médias en Tunisie. Cette évolution récente invite à penser le rôle que joue désormais l’Europe dans la normalisation de la production de biens culturels circulant de la France vers les espaces arabes.
Olivier Koch est maître de conférences à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, membre de l’EUR Transitions (Institut Méditerranéen du Risque de l’Environnement et du Développement Durable) et rattaché au CARISM (Université Paris 2). Ses travaux portent sur les enjeux contemporains de l’internationalisation des médias.
Simon Mangon est doctorant à l’Université d’Aix-Marseille, rattaché au laboratoire du CHERPA (Sciences Po Aix). Il prépare une thèse sous la direction de Mohamed Tozy et Magali Nonjon. Son travail porte sur le monde du « développement médias », sur l’émergence de médias « indépendants » en Tunisie et en Jordanie, et sur les dispositifs internationaux de soutien au journalisme.
2021-2022
Séance 1 : 21 octobre 2021 – 13h30-15h30 exceptionnellement – salle 3.023
Laetitia Nanquette – Production et circulation de la littérature iranienne après la révolution de 1979
Dans cette communication, j’analyserai la façon dont la littérature iranienne, notamment la prose, a fonctionné et circulé de la révolution de 1979 à aujourd’hui, à la fois en Iran et dans les pays de la diaspora iranienne, en lien avec les champs économique, politique et social. Je me concentrerai sur l’Amérique du nord, l’Europe occidentale et l’Australie. Je m’attacherai d’abord à décrire les formes, structures et fonctions de la littérature dans la société iranienne, avant de me tourner vers la diaspora.
Laetitia Nanquette est enseignante-chercheuse en littérature à l’University of New South Wales, Sydney, Australie. Docteure en études moyen-orientales de la School of Oriental and African Studies, Londres, elle a publié Orientalism versus Occidentalism : Literary and Cultural Imaging Between France and Iran Since the Islamic Revolution (I.B. Tauris, 2013) et en 2021 aux presses universitaires d’Édimbourg Iranian Literature after the Islamic Revolution: Production and Circulation in Iran and the World. Ce travail s’appuie sur des recherches de terrains menées en Iran and dans la diaspora iranienne entre 2005 et 2017.
Discutant : Amin Moghadam (Senior Research Associate at CERC in Migration and Integration, Ryerson University, Canada, PhD in Human Geography and Urban Studies from the University of Lyon II, France).
Séance 2. Jeudi 18 novembre 2021 – salle 3.023
Sadia Agsous – Derrière l’hébreu, l’arabe : le roman palestinien en hébreu (1966 – 2017)
Cette présentation tirée d’un ouvrage à paraître chez Classiques Garnier examine les romans écrits en hébreu par les écrivains palestiniens en Israël (1966-2017), avec un aperçu sur leur investissement dans une production culturelle qui inclut non seulement la littérature, mais aussi la traduction et le théâtre et les médias. Cette analyse est posée dans le contexte littéraire et culturel arabe minoritaire auquel appartiennent ces écrivains et le champ culturel hébraïque auquel ils sont supposés appartenir. Ces textes littéraires sont l’expression manifeste, au sein de la littérature hébraïque, d’une virtualité latente : celle d’une langue arabe qui circulerait sous l’effort pour faire exister l’identité palestinienne et son paysage historique marqué par la Nakba dans l’espace linguistique hébréophone.
Sadia Agsous enseigne au département d’études arabes de l’université de Paris 8 et est membre associée de l’Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans (Iremam). Au croisement de la littérature, des études culturelles, de la traductologie et de la pensée arabe moderne, ses travaux portent sur l’espace culturel palestinien en Israël, sur l’hébreu et l’arabe et leurs rencontres dans les domaines culturel et artistique (roman, traduction, théâtre, cinéma). Ses recherches récentes et actuelles se concentrent sur les archives culturelles palestiniennes d’avant 1948 et sur la place des Juifs et de la Shoah chez les intellectuels du monde arabe (Afrique du Nord et Moyen-Orient).
Séance 3. Jeudi 16 décembre 2021 – salle 3.023
Celia Hassani – La mobilisation d’intermédiaires de l’art pour le développement des politiques culturelles au Liban : nouveaux acteurs, nouveaux enjeux ?
L’intérêt pour le développement des politiques culturelles de la part des acteurs des mondes de l’art et de la culture se manifeste dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée de manière grandissante depuis une quinzaine d’années. La multiplication d’initiatives multiformes à l’initiative d’acteurs intermédiaires et les échanges de compétences accrus que permet la libéralisation de fonds dans ce sens font émerger de nouveaux questionnements quant au rôle et la place de l’art au sein de ces différentes sociétés. La période qui fait suite aux « printemps arabes » marque un tournant décisif pour la consolidation et l’émergence d’initiatives citoyennes, initiatives auxquels les mondes de l’art sont plus que jamais connectés. Différents projets de développement pour les politiques culturelles vont alors prendre forme au sein de configurations culturelles et sociales en renouveau. Ces conjonctures catalysent et orientent les volontés et discussions qui animent les scènes artistiques et culturelles de la région et renforcent leur autonomisation. Ce travail de recherche s’attache à observer et analyser différents groupes d’acteurs intermédiaires des mondes de l’art au Liban qui sont à l’initiative de projets de développement des politiques culturelles, nationale mais aussi locale. Il s’agit d’interroger et définir les caractéristiques du rôle et du poids de ces acteurs intermédiaires qui se positionnent comme médiateurs entre l’art, les artistes, la société et l’État et se mobilisent dans une forme de négociation autour de la redéfinition de la place de l’art et de la culture au sein de la société libanaise.
Célia Hassani est doctorante à Aix-Marseille Université (IREMAM – LESA) et axe son travail sur le rôle et la mobilisation d’intermédiaires de l’art pour le développement des politiques culturelles au Liban. Elle a obtenu une bourse de l’Orient Institut Beirut (OIB), centre de recherche allemand pour lequel elle réalise une étude sur les mécanismes de financement public de la culture au Liban, en partenariat avec l’ONG al-Mawrid al-Thaqāfī. Elle travaille également en tant que consultante dans le domaine du renforcement des capacités auprès d’acteurs culturels de la région MENA. Ses récents travaux de recherche portent sur les questions de l’art dans l’espace public dans le contexte libanais de la « révolution » d’octobre 2019 : voir notamment https://policy.bristoluniversitypress.co.uk/arts-culture-and-community-development.
Séance 4. 20 janvier 2022 – salle 3.023
Jérôme Bourdon et Sandrine Boudana – La réception critique du cinéma israélien et palestinien dans l’ombre de l’actualité
Il s’agit d’interroger, à travers une analyse comparative des critiques professionnelles et amateurs d’un échantillon de films israéliens et palestiniens, les enjeux politique et artistique de la réception de ce(s) cinéma(s). Hypothèse explicative principale : les contextes politiques nationaux et la présence du conflit dans la longue durée de l’actualité conditionne la réception des films. Aux États-Unis, où les médias et plus encore l’opinion publique demeurent remarquablement pro-israéliens, on lira différemment les films de l’Angleterre, relativement propalestinienne, tandis que la France tiendra une position médiane. Hypothèse secondaire : les traditions cinéphiliques/journalistiques sont également un facteur de différenciation. Les critiques américains seront plus sensibles au public comme « clients » tant de la presse que du cinéma, on tiendra compte du caractère « accessible » des films, et de leur capacité à heurter tel ou tel segment de l’opinion publique ; en France et au Royaume-Uni, on laisse plus d’autonomie au « journaliste-auteur », tant du point de vue politique que du point de vue artistique.
Jérôme Bourdon et Sandrine Boudana, sont enseignants-chercheurs au Département de communication de l’Université de Tel Aviv.
Séance 5. Jeudi 17 février 2022- salle 3.023
Richard Jacquemond et Frédéric Lagrange – Culture pop en Égypte. Entre mainstream commercial et contestation
Tout au long des cent dernières années, l’Égypte représente par excellence la culture pop arabe, diffusant par le biais de sa puissante industrie du spectacle des productions et des modèles de référence dans le monde arabe contemporain. Mais la pop culture, dans ses déclinaisons textuelles, iconographiques, musicales, télévisuelles, cinématographiques, sert-elle l’État ? Formate-t-elle l’individu selon une pensée hégémonique alimentant le conservatisme social et la domination masculine ? Détourne-t-elle de la contestation, ou au contraire peut-on repérer dans les productions culturelles qui ne relèvent pas de la « haute-culture » des discours qui viennent déconstruire les représentations hégémoniques ?
Enfin, quelle est la place de la question linguistique dans ces configurations ? La pop culture est-elle nécessairement en langue dialectale et la culture légitime en arabe littéral ? Un nombre encore limité de travaux récents, essentiellement anglo-saxons dans la foulée des cultural studies, ont pris comme objet la culture populaire dans l’ensemble du Moyen-Orient, et dans ses rapports à la mondialisation. Certains focalisent sur la culture dominante commercialement distribuée, d’autres relèvent plus de la «contre-culture». Mais les rapports complexes entre le pop et le populaire ne sont pas examinés en tant que tels. Ici, l’ensemble des contributions étudient dans le détail des textes, des images et des sons des productions culturelles égyptiennes situées entre pop culture, popular culture, subculture, et mainstream, illustrant la tension entre pop culture et cultures populaires.
Agrégé d’arabe, professeur de langue et littérature arabes modernes à l’université d’Aix-Marseille et chercheur à l’Institut de Recherches et d’Etudes sur les Mondes Arabes et Musulmans (IREMAM, CNRS, Aix-en-Provence), dont il est actuellement directeur, Richard Jacquemond a résidé plus de quinze ans en Egypte où il a notamment dirigé le programme de traduction de la mission culturelle française, puis préparé sa thèse de doctorat (1999), dont une version éditoriale a été publiée en 2003 (Entre scribes et écrivains. Le champ littéraire dans l’Egypte contemporaine, Actes Sud-Sindbad ; traductions arabe et anglaise). Ses recherches portent sur l’histoire et la sociologie de la littérature arabe moderne et d’une part, et sur les échanges traductionnels entre l’arabe et les autres langues, là aussi dans une perspective plus socio-historique que littéraire ou linguistique. Il a également traduit plus de vingt ouvrages de l’arabe, dont huit romans de l’écrivain égyptien Sonallah Ibrahim et, dernièrement, deux livres d’Iman Mersal : une anthologie poétique (Des choses m’ont échappé, Sindbad/Actes Sud, 2018) et un récit (Sur les traces d’Enayat Zayyat, Sindbad/Actes Sud, 2021, prix de la traduction Ibn Khaldoun-Senghor 2021).
Frédéric Lagrange est professeur de langue et littérature arabes à Sorbonne-Université. Il est actuellement président du jury de l’agrégation d’arabe. Ses recherches, éclectiques, sont une extension à partir du noyau constitué par sa recherche doctorale, consacrée aux Poètes et Musiciens en Egypte à l’époque de la Nahda. Elles ont débouché d’une part vers un intérêt pour les études culturelles et l’analyse des productions médiatiques du Moyen-Orient. De l’Egypte, son terrain initial, son intérêt s’est actuellement déporté vers la péninsule Arabique : il a codirigé en 2021 un numéro de la revue Arabia Humanities consacré à la Pop Culture dans le Golfe ainsi qu’un colloque intitulé « Culture Made in Arabia ». Une autre interrogation, née de la découverte de la division genrée du chant dans le Moyen-Orient du XIXe siècle, a mené vers une exploration des constructions de la masculinité et de la féminité dans la littérature arabe classique et moderne. Son HDR était consacrée la dichotomie islam de plaisirs, islam d’interdits dans les discours courants sur la sexualité dans les sociétés arabo-musulmanes. Enfin, l’analyse de la langue des chansons l’a conduit à examiner les représentations littéraires de la diglossie de l’arabe dans le roman comme les productions culturelles ressortissant à la pop culture régionale, examinant la tension entre « culture haute » et autres expressions. Il a parallèlement traduit en français des oeuvres de Hoda Barakat, Khayri Shalabi, Abdo Khal et Mohamed Rabie.
Séance 6. Jeudi 17 mars 2022 – salle 3.023 Séance annulée
Driss El Maarouf – The Local and Global Dynamics of Moroccan Music Festivals
Music Festivals in Morocco have grown to be the country’s Meta-artistic flagships. Scattered in geography and time, festivals punctuate the life calendar of cities and citizens, craft cross-cultural situations, produce trans-border encounters, economic opportunities and interesting forms of cultural nomadism. They are widely (in)comparable to local rural celebrations (moussems). Global manifestations as they were, they fling urban spaces, natives, tourists, localities, identities into a confusing and ambiguous vortex. Music festivals mark the urban and are marked by it, thus define cities in the same dexterity that cities define them. I argue that whatever goes around in the urban, be it terrorism, social uprising, etc., comes around in the festival and vice versa. My reading of Moroccan music spectacles was therefore an effort to put to task the proliferating culture of festivity in Morocco, as it radiates in the crossroads of the social, the historical and the spatial. I attempted through qualitative methods (i.e. personal observations, semi-structured and unstructured interviews, analysis of lyrical, editorial and iconographic data, etc.) to verify whether we could possibly draw a wedge between modern festivals and discourse. We discovered that an urban music festival, above all, is a site of struggle between not only the local and the global, the traditional and the modern, the sacred and profane, the real and simulated, but also between the margin and the centre, power and counter-power.
Between the tide and ebb, Moroccan music festivals grow contentious, their implications running high on the social, temporal, and spatial fronts. As possible seats for discourse and power, some of these cultural ephemera bring into play powerful moments of transgression, theatricality as well as compelling and vividly powerful instances of the role of the youth in generating laughter, ‘excre-mentality’ and ‘resis-trance’. Additionally, I brought the subject up to date with a detailed description of festival sceptics who put into question the benevolence of cultural events, in the context of the social uprisings that rocked the MENA region in 2011. For these sceptics, active in the press, street, and social networks, festivals shamelessly advance a deceptive culture of wellbeing against a dark reality of local socio-economic plights, and trans-local tragedies and traumas. The struggle between pro-festival and anti-festival activists cast lucid forays into the unfolding paradigm shift in the conceptual framing of culture in Morocco. It emphasizes the global implications of the rising culture of unstructured scandal, unsupervised urban spectacle on the more systematized bodies of state festivals. This thesis tries to peel away the layers of understanding and misunderstanding surrounding festivals, while bringing into being an exposition of how the discourses of religion, politics, and social struggle thus come into play to ascribe festivity with a renewed importance, cultural, social and academic, producing, as it gets endlessly revised from within and without, ambivalent and twisted lineaments of modern music culture in Morocco. As Morocco is trying to rewrite itself socially and politically in the face of the MENA uprisings, there is no way that the cultural escapes unmodified.
Moulay Driss El Maarouf completed his PhD on The Local and Global Dynamics of Moroccan Music Festivals in 2013 in Bayreuth University (Germany), where he was on the BIGSAS and DAAD scholarships. After defending his thesis, he was awarded a three-year postdoctoral grant by the Volkswagen foundation to complete his research project: Remembering Childhood: Identity, Space, and Circulation in Childhood Playing Narratives. Towards the end of this fellowship, he joined the DAAD research program “The Maghreb in Transition: Media, Knowledge and Power” as coordinator and academic advisor from 2016 to 2019. In 2020, he co-founded AfriBIAN (Africa Bayreuth International Alumni Network), after a successful application to DAAD to fund a two year project, entitled: Rolling Religion on the African Map: Religion in times of Transition. El Maarouf’s academic interests span several topics within Cultural Studies, including cultural theory, music festivals and sub-culture, childhood lives, social movements, scatology and popular culture. El Maarouf currently holds a teaching position at the English Department at Sidi Mohamed Ben Abdellah University (Sais), Fez.
Séance 7. Jeudi 14 avril 2022 – salle 3.023
Muriel Girard – Le théâtre du patrimoine. L’artisan, le maire et le touriste à Istanbul
Quel rapport entre un artisan, un touriste et son guide, et un maire ? Tous sont des acteurs de la scène patrimoniale, dont la péninsule historique d’Istanbul constitue ici le cadre. L’étude de ce qui s’y joue, entre tourisme, pratiques artisanales et patrimonialisation, éclaire d’un jour nouveau les logiques du changement social et des mutations urbaines. Croisant entretiens, observations, cartographie et sources écrites, les enquêtes de terrain révèlent en effet les diverses manières, parfois contradictoires, de catégoriser l’artisanat, ainsi que les multiples recompositions sociales, spatiales et identitaires qui en résultent. Invitant les artisans, d’ordinaire silencieux, à prendre la parole, ce livre leur donne une place comme acteurs de la cité, et offre ainsi une approche originale de la fabrique du patrimoine dans la ville.
Muriel Girard est docteure en sociologie, maîtresse de conférences en sciences humaines et sociales à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille et membre du laboratoire INAMA/ENSA-M. Ses travaux portent sur les enjeux associés au patrimoine dans des centres espaces urbains anciens en Turquie, au Maroc et, aujourd’hui, à Marseille.
Séance 8. Jeudi 19 mai 2022
Joséphine Desfougères – Analyse d’une pratique éditoriale transnationale : l’adaptation de supports. Le cas de Birikim, héritière turque de la New Left Review.
S’il existe un certain nombre de travaux portant sur la circulation de contenus éditoriaux – à travers les études sur la traduction notamment –, plus rares sont ceux qui s’intéressent à la circulation des contenants. Toutefois, l’adaptation de supports éditoriaux est une pratique professionnelle fréquente, quoi que protéiforme. Cette communication se propose d’étudier l’une de ces pratiques à travers l’analyse d’un cas : la revue Birikim, adaptation turque de la prestigieuse New Left Review britannique. À travers la consultation des archives de ces deux revues et la réalisation d’entretiens auprès de membres du comité éditorial de Birikim, nous nous interrogerons sur les motivations – considérations économiques et/ou dotation symbolique – à l’origine de ce projet éditorial ; sur les modalités de cette transposition locale – totale ou partielle – et sur les critères invoqués dans le processus de sélection et de décision ; enfin, sur la réception par le lectorat turc.
Joséphine Desfougères est doctorante à l’Université Sorbonne Paris Nord (USPN, Paris 13), rattachée au LabSIC. Elle prépare une thèse sous la direction de Bertrand Legendre. Son travail porte sur les éditeurs indépendants turcs, sur l’édition de sciences humaines et sociales et l’édition « critique » en Turquie.
Séance 9. Jeudi 16 juin 2022 – salle 3.023
Maena Berger – Les conditions sociales de la co-production de l’information sur la guerre en Syrie : Une sociologie des fixeurs syriens.
Depuis 2011, la Syrie fait l’objet de nombreux reportages par les médias nationaux et transnationaux. Malgré un accès extrêmement compliqué et risqué sur le territoire syrien, la production d’informations sur la Syrie est restée intense. Pour cela, le rôle des « fixeurs », ces hommes et femmes qui aident les journalistes travaillant sur des terrains difficilement accessibles, a été déterminant. Au-delà d’une simple aide logistique (traductions, organisation des déplacements, mise en contact…), ils ont une influence éditoriale. C’est d’autant plus le cas en Syrie puisque, les journalistes occidentaux ne pouvant que très rarement se rendre sur place, ils sont, peu à peu, devenus les seuls à être en capacité de transmettre, de faire circuler des informations nécessaires à la couverture de cette guerre. À partir d’entretiens semi-directifs, menés avec une vingtaine de fixeurs syriens, cette présentation propose de présenter ce groupe d’intermédiaires, en revenant sur leurs trajectoires biographiques afin de comprendre comment ils sont devenus fixeurs, sur leurs conditions de travail, leurs rapports avec les journalistes occidentaux et sur leurs activités professionnelles actuelles.
Maena Berger est doctorante en sociologie à l’EHESS à Paris, rattachée au laboratoire du CESSP. Son travail porte sur la co-production de l’information sur la guerre en Syrie entre, les ONG, les grands médias internationaux, les agences de presse et les journalistes et fixeurs syriens.
2022-2023
Séance 1. Jeudi 17 novembre 2022 – salle 3.001 bâtiment Nord
Joséphine Parenthou – Parcours d’artistes syriens à l’épreuve de l’exil européen : un processus de reconnaissance artistique contradictoire et décontextualisé ?
Alors que les artistes syriens seraient devenus depuis 2011 des porte-parole médiatiques de l’opposition au régime assadien et à l’horreur de la guerre, en particulier à l’aune de leur exil massif en France et en Allemagne, la présentation questionnera l’impact de la migration sur leur processus de reconnaissance. En effet, malgré une mise en visibilité évidente autour de la figure prénotionnelle de « l’artiste révolutionnaire », l’exil aurait cependant favorisé la reproduction des positions socioprofessionnelles antérieurement acquises et orienté l’espace des possibles vers la périphérie des scènes artistiques d’accueil.
Joséphine Parenthou est doctorante en science politique (MESOPOLHIS / CNRS, Sciences Po Aix) et en sociologie (ENS Lyon – Centre Max Weber). Sa thèse, sous la codirection de Mohamed Tozy et Christine Détrez, porte sur les trajectoires de reconstruction et d’étiquetage des « artistes syrien en exil ».
Séance 2. 15 décembre 2022 – salle 3.023 bâtiment Sud
Joséphine Desfougères – Analyse d’une pratique éditoriale transnationale : l’adaptation de supports. Le cas de Birikim, héritière turque de la New Left Review
S’il existe un certain nombre de travaux portant sur la circulation de contenus éditoriaux – à travers les études sur la traduction notamment –, plus rares sont ceux qui s’intéressent à la circulation des contenants. Toutefois, l’adaptation de supports éditoriaux est une pratique professionnelle fréquente, quoique protéiforme. Cette communication se propose d’étudier l’une de ces pratiques à travers l’analyse d’un cas : la revue Birikim, dont les membres fondateurs indiquent avoir pris la New Left Review britannique comme modèle. Fondée en 1975 par Murat Belge (1943) et Ömer Laçiner (1946) dans un contexte de crise socio-politique qualifiée de « période de la terreur », Birikim défendait une approche hétérodoxe et critique de la réception turque de la pensée marxiste. À travers la consultation des archives de ces deux revues et la réalisation d’entretiens auprès de membres du comité éditorial de Birikim, nous nous interrogerons sur les motivations – considérations économiques et/ou dotation symbolique – à l’origine de ce projet éditorial ; sur les modalités de cette transposition locale – totale ou partielle – et sur les critères invoqués dans le processus de sélection et de décision.
Joséphine Desfougères est doctorante à l’Université Sorbonne Paris Nord (USPN, Paris 13), rattachée au LabSIC. Elle prépare une thèse sous la direction de Bertrand Legendre. Son travail porte sur les éditeurs de sciences humaines et sociales, l’indépendance éditoriale et l’édition « critique » en Turquie.
Séance 3. Jeudi 19 janvier 2023 – salle 3.023 bâtiment Sud
Diletta Guidi – L’islam des musées. La mise en scène de l’islam dans les politiques culturelles françaises
Paris, Kuala Lumpur, New York, Doha, Berlin, Honolulu, La Chaux-de-Fonds : chacune de ces villes accueille un musée d’art islamique, et bien d’autres encore s’ajoutent à cette liste. Depuis les années 2000, et en particulier au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, de plus en plus d’institutions culturelles investissent en effet ce secteur culturel.
Dans ce contexte d’« islamania » muséale internationale, ce livre se penche pour la toute première fois sur le cas de la France, à travers les exemples du Musée du Louvre et de l’Institut du monde arabe. En analysant les mises en scène de l’islam depuis les Expositions coloniales du XIXe siècle à nos jours, cet ouvrage montre qu’il est à la fois utilisé par l’État français pour gérer l’altérité islamique et le reflet de politiques publiques à l’égard de la religion musulmane. Plus largement, le traitement muséal de l’islam permet de réfléchir à la régulation du religieux, et par conséquent à la laïcité. Il illustre aussi les tensions politiques et sociales qu’entraînent la présence de l’islam en France et, par extension, la place de l’autre dans les sociétés occidentales désormais multiculturelles et globalisées.
S’intéresser à l’« islam des musées » dépasse ainsi l’observation de l’histoire d’un genre artistique, cela permet de rendre compte d’une partie de notre histoire culturelle, politique, sociale et religieuse.
Diletta Guidi est docteure en lettres et en science politique. Elle a étudié l’histoire de l’art et la sociologie des religions en France, aux Émirats arabes unis, au Canada et en Suisse. Elle est actuellement maître-assistante à l’Université de Fribourg. Cet ouvrage est issu de sa thèse de doctorat, qui a reçu en 2020 le prix Vigener pour la meilleure thèse de la Faculté des lettres de Fribourg.
Séance 4. Jeudi 16 février 2023 – salle 3.023 bâtiment Sud
Asal Bagheri – L’exploitation des films iraniens à l’international : quels enjeux, quelles perspectives ?
Avant tout moyen de divertissement pour les Iraniens, mais aussi outil de propagande pour les différents pouvoirs pré ou postrévolutionnaires iraniens, populaire ou élitiste, succès commercial ou interdit à l’écran, féministe ou humaniste, pessimiste ou philosophique, réaliste ou fantaisiste…depuis les années 1950, le cinéma iranien a réussi à exploiter la primauté donnée à l’affect visuel, accélérant l’efficacité du message. En l’absence d’une représentation juste et plurielle dans les médias étrangers, il a su attirer l’attention de festivals de renom pour dessiner au fil des époques une vision iranienne multiple du monde, faire entendre sa voix, et se ménager autant que ce médium le permet une place à sur l’échiquier mondial du cinéma.
Sans prétendre à une quelconque exhaustivité, ce travail a pour ambition de mettre au jour d’un côté un historique de la distribution des films iraniens en France (1900-2021) en traçant le chemin de ses passeurs et en mettant en lumière le réel accueil du public français vis-à-vis de ce cinéma, en s’appuyant sur quelques exemples, tout en essayant de comprendre les raisons de leur réussite ou de leur échec commercial. Et de l’autre, il tente de révéler un historique de la même présence sur la scène internationale, notamment au travers des choix des trois festivals européens des plus importants, à savoir : le Festival de Cannes, la Berlinale et la Mostra de Venise. Le but reste une mise en lumière des enjeux des prises de position des festivals vis à vis du cinéma iranien ainsi que de ceux de la distribution des films iraniens en France. Il essaie de tracer un schéma des choix des festivals, des distributeurs et du public tout en mettant au jour le potentiel bien exploité ou gâché du cinéma iranien à l’international.
Asal Bagheri est enseignante à l’IUT Métiers du Multimédia et de l’Internet de Cergy Paris Université depuis 2018, où elle enseigne entre autres les théories de l’information et de la communication, le cinéma iranien, la stratégie de communication ou encore la sémiologie de l’image. Docteure en Sémiologie et Linguistique, elle est spécialiste du cinéma iranien et auteure de la thèse Les relations homme/femme dans le cinéma iranien postrévolutionnaire, stratégies des réalisateurs : analyse sémiologique. Chercheuse au sein du laboratoire de recherche AGORA de Cergy Paris Université, elle a écrit plusieurs articles publiés en français, anglais ou persan. Son livre Sentiment, amour et sexualité. Les dilemmes du cinéma iranien de la République Islamique est en voie de publication.
Séance 5. Jeudi 16 mars 2023 – salle 3.023 bâtiment Sud
Alihan Mestci – Les événements culturels comme représentations du politique dans la Turquie d’Erdoğan post-2014
L’institution présidentielle est de plus en plus présente dans les mondes artistiques et scientifiques en Turquie, comme le montrent à la fois les discours officiels du premier président turc élu au suffrage universel en août 2014, Recep Tayyip Erdoğan, et les éditoriaux d’intellectuels qui l’entourent. Cette enquête prend comme objet d’analyse les événements culturels placés « sous l’égide de la Présidence de la République » en Turquie depuis 2014, restituant les représentations du pouvoir politique dans les manifestations culturelles.
Notre base de données a été construite depuis juillet 2018 à l’aide des documents en accès libre, en nous appuyant sur les événements énumérés sur le site officiel de la Présidence de la République de Turquie. S’y ajoute la constitution d’une « revue de presse » permettant de récupérer les discours d’inauguration, les textes de présentation, les images (photos et vidéos), les entretiens et les affiches.
Les trente-trois manifestations culturelles organisées jusqu’en fin 2019 (avant l’émergence du Covid-19) ont été étudiées dans le détail. L’analyse met en œuvre une approche à la fois quantitative et qualitative. Portant ainsi un regard sur les formes et les thématiques de ces événements, cette approche permet de mettre en lumière le rapport entre la présidentialisation du régime et l’investissement croissant de l’institution présidentielle dans la production culturelle. Ces événements objectivent la façon dont émergent les nouvelles modalités des usages politiques de la culture durant l’ère d’Erdoğan.
Alihan Mestci est doctorant en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), rattaché au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP). Il prépare une thèse sous la codirection de Gisèle Sapiro et de Hamit Bozarslan, qui porte sur l’émergence d’une polémique autour de la culture légitime dans la Turquie depuis 2010. Elle restitue tout particulièrement les prises de position de 171 intellectuel.le.s turcs/turques qui ont été mobilisé.e.s par le ministère de la Culture afin d’orienter les politiques du gouvernement à l’égard de cette question.
Séance 6. Jeudi 20 avril 2023 – salle 3.023 bâtiment Sud
Amin Moghadam – La foire d’art de Dubaï (Art Dubai) : enjeux de représentation et de pouvoir aux Émirats arabes unis
Les non-nationaux avec plus de 200 nationalités différentes constituent environ 80 % de la population des sept Émirats arabes unis (EAU), et plus de 90 % de celle de Dubaï. Il n’est donc pas surprenant que les questions relatives à la diversité culturelle et aux différents modes de sa représentation soient omniprésentes dans toutes les sphères socio-politiques des EAU. Le développement des pratiques artistiques et culturelles dans les villes émiriennes notamment depuis les années 2000 avec la création de foires comme celle d’Art Dubaï, du musée du Louvre à Abu-Dhabi et l’émergence des quartiers d’art prennent en compte cette réalité sociale : de nombreux événements et rencontres artistiques évoquent la question de la diversité culturelle qui est aussi reflétée dans le discours politique des dirigeants du pays. Les pratiques et discours mettant en lien les créations artistiques et culturelles avec la diversité de la population et les différentes formes de matérialisation qui en résultent ont pourtant lieu dans un contexte où les étrangers ont des droits limités. L’accès à la citoyenneté leur est quasiment impossible et ils sont uniquement considérés comme des travailleurs temporaires. À travers une analyse des projets culturels évoquant la diversité culturelle aux Emirats, mais aussi des discours portant sur ce thème et des sites de représentation liés, cette présentation tentera de relever les contradictions de ce contexte non-intégratif à travers l’association entre les pratiques artistiques et culturelles et les modes de représentation de la diversité culturelle.
Amin Moghadam est géographe. Il a obtenu son doctorat en géographie humaine et en études urbaines de l’Université de Lyon II, en France. Depuis janvier 2021, il est Senior Researcher à l’Université de Ryerson à Toronto, au sein de la Chaire d’excellence en recherche du Canada (CERC) sur la migration et l’intégration. Avant ce poste, Amin Moghadam a été chercheur post-doctorant au Center for Iran and Persian Gulf Studies de l’Université de Princeton entre 2016 et 2020. Ses recherches et publications ont porté sur les politiques et pratiques migratoires, sur la diaspora iranienne, sur les circulations culturelles et les mobilités artistiques au Moyen-Orient, en particulier dans la région du golfe Persique (Iran et EAU).
Séance 7. Jeudi 25 mai 2023 – salle 3.023 bâtiment Sud (Séance annulée)
Marie Caquel – Les circulations gastronomiques entre le Maroc et la France depuis les années 1960
La présence française au Maroc pendant la colonisation a été le contexte de transferts culturels gastronomiques tant au Maroc, qu’en France et parfois même dans des espaces tiers, comme l’Espagne par exemple. L’indépendance du pays n’a pas enrayé les circulations qui se sont poursuivies dans le cadre des migrations en Méditerranée, mais aussi plus largement celui de la mondialisation. Cette communication s’attachera donc à étudier l’évolution des pratiques culinaires et des pratiques de consommation au Maroc depuis l’indépendance en portant une attention particulière à la question de l’adoption des pratiques et des produits exogènes dans les habitudes alimentaires des Marocains.
Marie Caquel est docteure en histoire culturelle. Elle a soutenu sa thèse en 2018 à l’Université de Lorraine, à Nancy. Depuis, elle poursuit ses recherches sur les circulations culturelles entre la France et le Maghreb pendant la période coloniale et post-coloniale tout en enseignant dans le secondaire.
Séance 8. Jeudi 22 juin 2023 – salle 3.023 bâtiment Sud
Diane-Sophie Girin – Des biens culturels au cœur des délimitations des frontières entre écoles musulmanes
Cette séance sera consacrée à la circulation de biens culturels au sein de l’enseignement privé musulman en France. À partir d’un travail d’ethnographie réalisé entre 2016 et 2021, nous analyserons dans un premier temps l’émergence de cette nouvelle offre éducative, qui bien qu’elle soit minoritaire suscite de nombreuses controverses. Dans un deuxième temps, nous étudierons la place occupée par un certain nombre de productions culturelles dans des établissements de niveau élémentaire. La musique est par exemple un bon observatoire des tensions qui traversent le champ de l’enseignement musulman. Le traitement des arts visuels ou de la littérature jeunesse peuvent également nous renseigner sur les divergences entre écoles.
Diane-Sophie Girin est docteure associée au Groupe Sociétés, Religions et Laïcités (UMR 8582) de l’École Pratique des Hautes Études et au sein du Centre d’études en Sciences sociales du religieux (UMR 8216) de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS). Elle enseigne la sociologie et les sciences de l’éducation en tant qu’ATER à l’Université Paris Nanterre.
2023-2024
Séance 1. Jeudi 19 octobre 2023 (15h-17h)
Amin Moghadam – La foire d’art de Dubaï (Art Dubai) : enjeux de représentation et de pouvoir aux Émirats arabes unis
Les non-nationaux avec plus de 200 nationalités différentes constituent environ 80 % de la population des sept Émirats arabes unis (EAU), et plus de 90 % de celle de Dubaï. Il n’est donc pas surprenant que les questions relatives à la diversité culturelle et aux différents modes de sa représentation soient omniprésentes dans toutes les sphères socio-politiques des EAU. Le développement des pratiques artistiques et culturelles dans les villes émiriennes notamment depuis les années 2000 avec la création de foires comme celle d’Art Dubaï, du musée du Louvre à Abu-Dhabi et l’émergence des quartiers d’art prennent en compte cette réalité sociale : de nombreux événements et rencontres artistiques évoquent la question de la diversité culturelle qui est aussi reflétée dans le discours politique des dirigeants du pays. Les pratiques et discours mettant en lien les créations artistiques et culturelles avec la diversité de la population et les différentes formes de matérialisation qui en résultent ont pourtant lieu dans un contexte où les étrangers ont des droits limités. L’accès à la citoyenneté leur est quasiment impossible et ils sont uniquement considérés comme des travailleurs temporaires. À travers une analyse des projets culturels évoquant la diversité culturelle aux Émirats, mais aussi des discours portant sur ce thème et des sites de représentation liés, cette présentation tentera de relever les contradictions de ce contexte non-intégratif à travers l’association entre les pratiques artistiques et culturelles et les modes de représentation de la diversité culturelle.
Amin Moghadam est géographe. Il a obtenu son doctorat en géographie humaine et en études urbaines de l’Université de Lyon II, en France. Depuis janvier 2021, il est directeur de recherche (Research Lead) à l’Université Métropolitaine de Toronto (TMU), au sein de la Chaire d’excellence en recherche du Canada (CERC) sur la migration et l’intégration. Avant ce poste, Amin Moghadam a été chercheur post-doctorant au Center for Iran and Persian Gulf Studies de l’Université de Princeton entre 2016 et 2020. Ses recherches et publications ont porté sur les politiques et pratiques migratoires, sur la diaspora iranienne, sur les circulations culturelles et les mobilités artistiques au Moyen-Orient, en particulier dans la région du golfe Persique (Iran et EAU).
Séance 2. Jeudi 16 novembre 2023 (14h-16h)
Névyne Zeineldin – Les enjeux de l’autonomisation d’une scène artistique : le cas de Bahreïn
« Booming cities » et « cultural turn » sont des notions qui caractérisent de la région du Golfe arabo-persique depuis les années 2000. Le développement des politiques culturelles a donné lieu à de nombreuses recherches sur les stratégies visant une diversification économique et une légitimation politique grâce à une nouvelle attractivité mondiale. Les Émirats Arabes Unis, le Qatar, Bahreïn, et plus récemment l’Arabie Saoudite, ont connu une transformation majeure au cours des dernières décennies, devenant des centres mondiaux de l’art, de la culture et du tourisme. Qu’en est-il de l’impact de ces politiques publiques sur les sociétés concernées ? Qui sont les artistes mis en avant et selon quels critères ? Quelles sont les stratégies d’adaptation des artistes face à l’instrumentalisation politique de l’art et de la culture ? En prenant la scène artistique de Bahreïn comme cas d’étude, on aborde de nombreuses problématiques sociales, politiques et économiques, au-delà même de la production artistique ou du positionnement de Bahreïn dans une région qui s’affirme de plus en plus dans le domaine culturel. Cette scène est en effet un microcosme révélateur des processus d’inclusion et d’exclusion, des enjeux liés à la mise en scène de la diversité et du cosmopolitisme, des structures et des logiques politiques qui conditionnent les productions artistiques, de la subjectivation des crises sociales et confessionnelles, ou encore des codes qui régissent les interactions sociales. À partir de ce terrain où s’engagent des Bahreïnis et des étrangers, des institutions publiques et des structures et initiatives privées, ma thèse porte plus particulièrement sur les dynamiques internes inhérentes à ces politiques publiques, sur les luttes de pouvoir qui structurent les institutions en question et sur les logiques autonomes qui se mettent en place pour contrer le monopole étatique sur la scène artistique.
Névyne Alexandra Zeineldin est docteure en sociologie et démographie (Paris 5 – CEPED). Après des études de sciences politiques et d’histoire à Paris 1, elle s’engage dans la recherche avec un intérêt particulier pour les expressions identitaires, les mécanismes d’intégration sociale, les processus d’inclusion et d’exclusion, les dynamiques complexes des (im)possibles cosmopolitismes et multiculturalismes, ainsi que les différents types d’engagements et de désengagements politiques. Parallèlement à son travail universitaire, elle s’engage aux côtés d’artistes pour promouvoir des projets interculturels, tissant des liens entre le Moyen-Orient et l’Europe à travers l’art et le travail collaboratif.
Séance 3. Jeudi 14 décembre 2023 (14h-16h)
Jacopo Falchetta – Les enjeux de la traduction audiovisuelle: production et perceptions du doublage en arabe marocain
Le doublage des séries étrangères en arabe dialectal est un phénomène relativement récent dans les pays arabophones. Jusqu’en 2007, tous les films et les séries télévisées étaient sous-titrés ou doublés en arabe standard moderne, langue apprise à l’école et utilisée typiquement dans les situations formelles. Le passage au dialecte a donc impliqué le choix d’une variété linguistique plus proche des contextes communicationnels du quotidien ; suite à ce passage, les séries en question ont connu un grand succès commercial. Pourtant, dans quelques cas, la nécessité de donner une forme codifiée à un dialecte, qui, par définition, n’est pas « standardisé » dans le sens traditionnel du terme, s’est imposée. Cette présentation s’appuie sur une étude de terrain menée au Maroc en 2023 portant, d’une part, sur les idéologies linguistiques sous-tendant la traduction et le doublage des séries turques en arabe dialectal marocain et, d’autre part, sur les perceptions de la langue du doublage par le public. L’observation et l’interrogation des pratiques de doublage dans le studio d’enregistrement ont fait émerger comment l’arabe dialectal marocain est consciemment régulé et affiné par les professionnels ; pourtant, la standardisation linguistique joue un rôle secondaire dans le processus de doublage, l’objectif principal étant la création d’une production médiatique grand public. En parallèle, des entretiens conduits avec des locuteurs d’arabe marocain montrent une variété de réactions à l’usage d’une langue perçue comme nationale et comme relevant de la sphère du quotidien dans une production culturelle étrangère. Différents positionnements idéologiques ont été également relevés par rapport à la variété linguistique employée pour le doublage, tantôt identifiée avec sa propre façon de parler (ou celle d’un groupe social spécifique), tantôt désavouée parce que détachée de la réalité linguistique du pays.
Jacopo Falchetta est chercheur post-doctoral en sociolinguistique et dialectologie arabe à la Faculté de Langues, Littératures et Cultures Étrangères de l’Université de Bergame (Italie). Il a soutenu sa thèse à l’Université d’Aix-Marseille avec un travail de recherche sur les significations sociales de la variation linguistique en arabe marocain. Il a travaillé en tant que chargé de cours d’arabe littéral, arabe marocain et linguistique arabe à l’INALCO, à l’Université de Bayreuth (Allemagne) et à l’Université de Bergame. Ses recherches portent actuellement sur la variation et sur l’idéologie linguistique en lien avec l’usage de l’arabe marocain dialectal dans les médias. Ses publications portent également sur la variation diatopique et diastratique, le contact linguistique et la standardisation informelle des langages vernaculaires urbains.
Séance 4. Jeudi 18 janvier 2024 (14h-16h)
Claire Tomasella – Entre les mondes. Socio-histoire des modes de participation des réalisateurs d’origine étrangère à l’espace cinématographique (France et Allemagne, 1980-2020)
Les travaux sur le cinéma des immigrés et de leurs enfants ont principalement porté leur attention sur les représentations filmiques, n’envisageant celles-ci qu’au prisme d’une seule composante de l’identité de leurs auteurs, celle ayant trait à leur expérience de l’immigration. Afin de percer l’écran homogénéisant de la « diversité », cette contribution fouille les biographies de ces producteurs culturels et les replace dans leurs contextes socio-historiques. L’analyse des catégorisations des productions des réalisateurs d’origine étrangère, ainsi que celle de leurs trajectoires sociales et professionnelles, permet de mettre en lumière deux types de profils de cinéastes : d’un côté, les « étrangers », souvent issus des couches moyennes et supérieures de leurs contrées d’origine, qui produisent des « films d’auteur » de la diversité culturelle, valorisés dans le champ cinématographique international ; de l’autre, les « enfants de l’immigration », issus des catégories sociales populaires et moyennes en France et en Allemagne, dont le cinéma a fait l’objet dans le cadre national de catégorisations à caractère ethnique. Dans un contexte de valorisation réversible des différences culturelles et d’emprise grandissante des logiques économiques sur le monde du cinéma, cette recherche montre également les évolutions des caractéristiques sociales et ressources de départ qui conditionnent la capacité des réalisateurs à poursuivre leurs carrières et à imposer leurs luttes symboliques.
Claire Tomasella est maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Ecole de journalisme et de communication d’Aix-Marseille (Aix-Marseille Université) et chercheuse associée au Centre Marc Bloch de Berlin. Titulaire d’un doctorat en Histoire et civilisations obtenu à l’EHESS, elle a soutenu sous la direction de Gérard Noiriel une thèse sur les trajectoires sociales et professionnelles des cinéastes d’origine étrangère en France et en Allemagne (1980-2020). Elle poursuit actuellement ses travaux sur les rapports de pouvoir dans les espaces de production symbolique à l’Institut méditerranéen des sciences de l’information et de la communication en entamant une recherche sur les parcours de mobilité sociale de journalistes bénéficiaires des dispositifs d’égalité des chances.
Séance 5. Jeudi 29 février 2024 (14h-16h)
Thomas Richard – La circulation du cinéma palestinien
Un des enjeux fondamentaux du cinéma palestinien a consisté à en faire un outil de construction de la nation en se détachant de l’imagerie coloniale mandataire, puis dans le cadre d’une prise de parole des réalisateurs. Celle-ci s’est tout d’abord développée au travers des unités des tournage intégrées aux mouvements nationaux et ensuite, parmi les Palestiniens sous autorité israélienne puis palestinienne, via la construction de leur propre narratif national, permettant au gré des films d’évoquer poétiquement la nation à naître et de relater le combat. Dans ce sens, le cinéma palestinien (Jacir et al. 2020, Gertz et Khleifi 2008) s’inscrit dans une lignée de cinéma de résistance, en tant qu’outil de mobilisation, documentation, et de combat dans un cadre national, suivant en cela certaines des dimensions les plus classiques du cinéma décolonial. Cependant, l’épaisseur historique, la variété et les conditions de production de ce cinéma invite à l’interroger aussi sous d’autres angles, tout particulièrement en raison de sa dimension transnationale. Les mobilisations anciennes autour de ce cinéma, et notamment des réseaux de soutien qui ont participé à la création d’une « image palestinienne », sont à la fois des ressources, des opportunités de développement, et potentiellement des contraintes. Cela recouvre aussi bien les cinéastes militants des années 1970 (Godard, Wakamatsu) que l’intégration dans les réseaux de production et de distribution actuels, tout particulièrement autour des institutions européennes. Ce travail se propose de voir comment le cinéma palestinien circule entre ses territoires, sa relation complexe avec Israël, ses réseaux de soutien et ses relations avec le public prescripteur des festivals internationaux et des institutions de production (Lecler 2013). De ce point de vue, la situation palestinienne apparaît spécifique, se nourrissant d’une forte dimension transnationale et d’une négociation permanente avec le politique. D’un côté, les enjeux de censure que ce cinéma pose peuvent être comparés avec son homologue kurde (Koçer 2013, 2014). De l’autre, son inscription internationale est assez proche, même si elle est distincte, de celle du cinéma libanais ou iranien (Richard 2023), en réinterprétant les notions clés d’exil, d’intimité et de recherche artistique. À partir des travaux de Luc Boltanski et Philippe Braud d’une part, et de ceux de Tristan Mattelart d’autre part, notre objet est de voir comment ces dimensions se croisent et permettent de comprendre les différentes dimensions internationales du cinéma palestinien.
Thomas Richard est docteur en science politique de l’université Clermont-Auvergne. Son travail porte sur les identités et les problématiques culturelles au Moyen-Orient, en particulier dans leurs dimensions conflictuelles. Sa thèse a été récompensée par le prix Michel de l’Hospital, et a été publiée aux éditions LGDJ-Lextenso, en collaboration avec les Presses de l’Université Clermont-Auvergne sous le titre Du musée au cinéma, narrations de guerre au Moyen-Orient. Ses recherches actuelles portent sur le rapport entre le terrorisme et l’image filmée, le cinéma militant au Proche-Orient, les circulations et métissages cinématographiques, la mémoire postcoloniale, et les muséographies au Moyen-Orient. Chercheur associé au Centre Michel de l’Hospital de l’Université Clermont-Auvergne, il est chargé de cours en science politique et études cinématographiques à Paris-8, Paris-I, Lille et à l’ESPOL.
Séance 6. Jeudi 21 mars 2024 (14h-16h)
Nour Halabi – Middle Eastern Television Drama Politics, Aesthetics, Practice
Les fictions télévisées ont acquis une position unique en s’adressant aux larges audiences qu’elles ont attirées depuis l’avènement de la télévision par satellite dans la région MENA dans les années 1990. Ce travail explore le rôle que les industries, l’esthétique et les textes des fictions télévisées jouent dans l’examen critique et la réponse collective aux préoccupations sociales et politiques complexes des créateurs et des consommateurs de cette région, ainsi que dans la réflexion et la représentation de ces préoccupations. Il s’agit du premier examen approfondi de la télévision fictive produite localement au Moyen-Orient. Il complète la littérature existante sur la structure des industries télévisuelles au Moyen-Orient (Sakr, Khalil et Kraidy, etc.), le cinéma (Gugler, Sultany, etc.), les médias d’information (Zayani, Sreberny), et les industries dramatiques nationales (Abu-Lughod, Öztürkmen), qu’il s’agisse de la diabolisation des Frères musulmans et de son lien avec le recul démocratique en Égypte, du rôle que joue la commémoration historique dans les fictions pour justifier la politique gouvernementale et encadrer rétroactivement la mémoire collective de la guerre, ou du travail des distributeurs de fictions pour exporter le contenu des fictions locales, ce travail offre un aperçu des industries télévisuelles de fiction individuelles.
Nour Halabi is an Interdisciplinary Fellow/Assistant Professor at the University of Aberdeen. She is the Vice-Chair of the Race Network of the Media Communication and Cultural Studies Association (MeCCSA) and the Secretary of the Ethnicity and Race Division in the International Communication Association. Her interdisciplinary research examines the interactions between mobility, social movements and global media and discourse. She is author of Radical Hospitality: American Policy, Media, and Immigration and co-editor of Middle Eastern Television Drama: Politics, Aesthetics, Practices (eds. Salamandra & Halabi, 2023) and Discourses in Action (eds. Krippendorff & Halabi, 2020). Her research also appears in Middle East Critique (2019), Space and Culture, International Journal of Communication and other academic journals. She received her doctorate from the Annenberg School for Communication at the University of Pennsylvania, Masters from The London School of Economics and Bachelors from Paris (IV) Sorbonne.
Séance 7. Jeudi 25 avril 2024 (14h-16h)
Jann Pasler – Co-producing knowledge and Morocco’s musical heritage: a relational paradigm for colonial scholarship (Attention ! Séance annulée)
The musical dimensions of the Moroccan Protectorate invite us to rethink certain tenets of colonial history, especially lingering nineteenth-century attitudes about ‘indigenous’ populations as ‘savage’. By the mid-twentieth century, efforts to comprehend Moroccan music were far less motivated by domination and submission than other agendas, beginning with ‘cultural protection’ to justify French presence, the Protectorate’s priority since arrival. Publications and promotion of Moroccan music reflected French desire for long-term impact on the region. This enterprise depended on Moroccan as well as European support, addressing local needs and creating alliances with both urban and rural elites with their own political agendas. Offering archival evidence of the French Protectorate’s institutional involvement in renovating Andalusian music – never before examined, yet so important in post-colonial Moroccan identity – and, despite colonial occupation, Moroccan musicians’ agency, this article focuses on the interactions between French administrator Prosper Ricard, Algerian-born musician/ ethnographer Alexis Chottin, and Moroccan musicians equally concerned about their music’s future. Many are here given voice for the first time. Drawing on these stakeholders’ expertise and experiences, they co-created new musical knowledge despite power asymmetries, sustained the musical practices of urban and rural populations, and encouraged traditional, hybrid and modern identities. In their newly-created Conservatory of Moroccan Music, music festivals, and Radio-Maroc, relationships shaped through shared responsibility for outcomes emerge as significantly more complex than between ‘superiors and subalterns’, reaching parity at the Fez festival (1939). Their multifaceted work continues to influence knowledge and praxis today. To understand this requires a new paradigm for colonial scholarship.
Musicologist, historian, pianist, documentary filmmaker, and distinguished professor, Jann Pasler has published widely on new American and French music, interdisciplinarity, interculturality, race, gender, and radio. Pasler has published widely on new American and French music, interdisciplinarity, interculturality, race, gender, and radio. In recent years, her work on why music mattered in Third Republic France has expanded to music, new media, and governance in the French colonial and postcolonial culture, 1860s-1960s, with particular emphasis on Africa and Vietnam. Research on music and French colonialism has taken her to Vietnam, Tunisia, Senegal, Morocco, and most recently Madagascar, each for multiple long séjours. Early funding came from the National Humanities Center (2006-07), the Institut d’études avancées in Nantes, France (January-June 2010), the National Endowment for the Humanities (2010-11), and the CAORC (2015-16). A fellowship from the ACLS (2016-17) supported writing a book on Colonial Ethnographies of Music and New Media, 1860s-1960. Currently, she is principal investigator of an advanced grant from the European Research Council, “The Sound of Empire in 20th-c. Colonial Cultures: Rethinking History through Music” (2019-2024), Paris.
Séance 8. Jeudi 16 mai 2024
Nadine Tamer – Le secteur médiatique libanais à l’aune du numérique : entre (re) construction identitaire et militantisme
Le secteur des médias au Liban s’est fortement transformé ces dernières années sous l’effet des technologies de l’information et de la communication et des crises successives qui ont secoué le pays en 2019 puis en 2020. De nouveaux médias en ligne, qui se veulent des médias alternatifs et non partisans, ont fait leur apparition à la suite des manifestations particulièrement importantes ces dernières années. Lancés, pour la plupart, par des anciens journalistes de la presse traditionnelle, ces médias sont devenus les nouveaux acteurs d’un paysage médiatique en pleine mutation. Leur développement s’est accompagné de nouvelles promesses pour le pluralisme des idées et des opinions, ouvrant la voie à un nouvel espace médiatique libéré du contrôle politique et confessionnel. Cette communication met en évidence l’évolution du paysage médiatique au Liban suite à l’avènement des médias en ligne. En s’appuyant sur une enquête de terrain (entretiens avec des responsables des médias en ligne) ainsi que sur une étude de contenu, on tentera d’analyser comment ces nouveaux médias aspirent à dynamiser le paysage médiatique libanais peu diversifié et à répondre aux nouvelles exigences des citoyens. Nadine Tamer est docteure en sciences de l’information et de la communication de l’université Paris II Panthéon-Assas. Elle a soutenu une thèse en sciences de l’information et de la communication sous la direction du Pr Rémy Rieffel (« L’impact des technologies de l’information et de la communication sur les stratégies des entreprises médiatiques au Liban »). Elle enseigne actuellement la communication digitale des organisations en information et communication à Télécom-Saint Etienne. Chercheuse associée au CARISM (Paris II) elle est spécialisée dans les stratégies numériques. Dans une perspective pluridisciplinaire, ses recherches étudient le rôle des rôle des médias numériques dans la transformation de l’ordre social, économique et politique au Liban.
2024-2025
Séance 1. Jeudi 17 octobre 2024
Nabil Echchaibi – Défolkloriser le patrimoine culturel
The American writer Toni Morrison once said that “The function, the very serious function of racism is distraction. It keeps you from doing your work. It keeps you explaining, over and over again, your reason for being. Somebody says you have no language and you spend twenty years proving that you do… Somebody says you have no art, so you dredge that up… None of this is necessary.” In this talk, I reflect on the significance of Morrison’s important cautionary tale about distraction, the valorization of our own knowledge, and “doing our own work”. Who do we write for? Who do we preserve our cultural wealth for? What is the point of reclaiming our right to remember, to excavate, and to narrate Here, I put Morrison’s warning in conversation with Moroccan iconic playwright and founder of the People’s Theatre, Tayed Siddiqi’s insistence to “défolkloriser notre patrimoine” as a decolonial project to exit the politics of riposte.
Nabil Echchaibi is Professor of media studies and Director of the Center for Media, Religion and Culture at the University of Colorado Boulder. His research focuses on the politics and poetics of Muslim visibility. His work has appeared in various journals and in many book volumes and his opinion columns have been published in The Guardian, Forbes, Al-Jazeera, and Salon, Lithub, and Open Democracy. Nabil is currently writing his book, Unmosquing Islam, Media and Fugitive Muslimness. He is the Co-Editor of the journal Cultural Studies.
Séance 2. Jeudi 21 novembre 2024
Omar El Ghazzi – Covering or covering up? Visual excess and historic erasure in Gaza war
This talk investigates the mediation of the war on Gaza, drawing mostly on social media content and mainstream Western news coverage. It asks: With the outpouring of visual content documenting atrocity in Palestine and Israel, how is the history of structural violence represented? My talk reflects on the idea of excess in visuality, violence and emotion; and contrasts it with the notion of erasure when it comes to context and history. The analysis of history in different modalities of the war’s mediation, I show, is crucial to reveal the structural basis of atrocity and the role many Western news media play in sustaining it by way of concealing it.
Dr Omar Al-Ghazzi is Associate Professor in the Department of Media and Communications at the London School of Economics and Political Science (LSE). He works on the geopolitics of global communications, particularly in relation to news media and popular culture. He is interested in the political contestation of narratives around digital technologies, as well as of representations of time and memory, with a focus on the Middle East and North Africa. His work has appeared in peer-reviewed journals in communications, journalism, and cultural studies. He is currently completing a book on the politics of history in Arab media. He is editor in the Middle East Journal of Culture and Communication.
Séance 3. Jeudi 19 décembre 2024
Mathilde Rouxel : La restauration filmique comme politique
Cette intervention s’intéresse à la puissance politique du concept de restauration appliqué aux images de lutte politique et idéologique dans les pays arabes. Dans une région du monde où les images, comme ailleurs, ont produit au fil des âges des récits alternatifs qui permettent de repenser l’histoire des sociétés qui les ont produite, remettre en circulation des films du passé permet de proposer des contre-récits aux images dominantes qui véhiculent, constamment, des clichés sur les peuples et les territoires d’Afrique du Nord et d’Asie occidentale. La filmographie prolixe de la cinéaste libanaise Jocelyne Saab est un cas d’étude atypique que cette intervention a pour but de présenter et de développer. Depuis 2019 et le décès de la cinéaste, la création de l’Association Jocelyne Saab a tenté de repenser les dynamiques coloniales à l’oeuvre dans la sauvegarde du patrimoine filmique mondial. Faisant écho à d’autres initiatives indépendantes que nous ne manquerons pas de mentionner, l’Association Jocelyne Saab s’est d’abord intéressée à agir au Liban sur le travail de la cinéaste franco-libanaise Jocelyne Saab. La filmographie conséquente de la cinéaste, qui a filmé notamment une vingtaine de films en 16mm, trois longs-métrages en 35 mm, présentait un enjeu de préservation majeur.
Pour pallier à l’absence d’institution dédiée aux archives de films au Liban et dans la plupart des pays de la région ainsi qu’au désintérêt des institutions occidentales, qui sera interrogé dans le cadre de cette discussion, l’Association Jocelyne Saab a proposé des ateliers de restauration numérique de film, afin que les images produites dans et pour les pays arabes puissent être restaurées par des techniciens qui connaissent les lieux et leur histoire. Dans un double mouvement d’éducation et de travail pratique, près d’une vingtaine de films, de Jocelyne Saab et d’autres cinéastes, ont été aujourd’hui restaurés de façon indépendante au Liban et en Egypte, et circulent massivement dans les festivals de la région MENA, comme une pièce d’histoire d’un puzzle à reconstruire.
Docteure en études cinématographiques de l’Université Sorbonne-Nouvelle, Mathilde Rouxel est une chercheuse rattachée à l’IREMAM-CNRS de l’Université Aix-Maseille et une programmatrice spécialisée dans les cinémas des pays arabes. Elle est directrice artistique du festival Aflam à Marseille et du festival du film franco-arabe de Noisy-le-Sec. Fondatrice de l’Association Jocelyne Saab et à l’initiative de l’Archive Circulation Initiative, elle organise des ateliers de restaurations de films dans les pays arabes pour faire réémerger des images oubliées et participer à une autre écriture de l’histoire des peuples et de leur cinéma.
Séance 4. Jeudi 16 janvier 2025
Hélène Bourdeloie – Les Saoudiennes et le mobile connecté : subversion et subjectivation
Dans une société saoudienne marquée par une forte ségrégation de genre, le mobile connecté émerge comme un puissant vecteur de subversion et de subjectivation pour les femmes. Une étude menée à Riyad de 2016 à 2022 montre que cet objet connecté, bien plus qu’un simple outil de communication, est un espace dans lequel les Saoudiennes peuvent redéfinir leur identité, contester les normes établies et explorer de nouvelles formes d’expression de soi. Dans un contexte où le taux de pénétration des réseaux sociaux est particulièrement élevé, le mobile est une véritable « prothèse émancipatoire », permettant aux femmes de négocier entre visibilité et invisibilité, conformité et transgression. Les Saoudiennes utilisent le mobile connecté pour habiter, défaire, défier et subvertir les normes de genre de manière créative et stratégique, contribuant à une transformation graduelle mais profonde des dynamiques sociales au sein du royaume.
Formée en sociologie et en sciences de l’information et de la communication, Hélène Bourdeloie est maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Sorbonne Paris Nord et chercheuse au Labsic et associée au Centre Internet et Société (CIS – CNRS) où elle est en délégation. Ses travaux de recherche portent sur les usages du numérique et les rapports sociaux de genre. Elle travaille notamment sur la grossophobie et les stigmates corporels en ligne tout comme la question de l’empouvoirement par le numérique. Hélène Bourdeloie a publié plusieurs ouvrages : avec David Douyère, Méthodes de recherche sur l’information et la communication – Regards croisés, Mare & Martin (2014) ; avec Christine Chevret-Castellani, L’impossible patrimoine numérique ? Mémoire & traces, le Bord de l’eau (2019) ; avec Abdelfettah Benchenna et Zineb Majdouli, Cultures et jeunes adultes en région méditerranée. Circulations, pratiques et soft power, L’Harmattan (2019).
Séance 5. Jeudi 6 février 2025
Amr Abdelrahim : Devenir (et cesser d’être) déviant : une sociohistoire de 25 ans de rap égyptien
Le rap égyptien rencontre un succès commercial inédit depuis 2019. Autrefois marginaux au sein de la catégorie de la musique « underground », les rappeurs et beatmakers remplissent désormais des salles de concert géants. Leurs portraits couvrent les panneaux de publicité qui défilent le long des grands axes routiers du Caire. Comment expliquer cette montée en popularité fulgurante d’un genre musical qui restait longtemps confiné au sein d’une jeunesse cosmopolite issue des classes moyennes ? Cette intervention propose l’esquisse d’une socio-histoire de l’émergence d’un « monde du rap » égyptien. Entre l’apparition de cette pratique à la fin des années 1990 et sa professionnalisation à la fin des années 2010, une reconstitution des circulations des personnes, biens et savoirs permet de situer les pratiques concrètes des participants de ce monde dans un ensemble de transformations politiques, économiques et sociales.
Amr Abdelrahim est doctorant en politique comparée (Sciences Po – CERI. Dir. S. Lacroix, N. Puig). Sa thèse porte sur le rap, la jeunesse et les stratégies d’adaptation individuelles au changement politique, économique et social dans l’Égypte post-révolutionnaire. Il est également chercheur au programme Turquie et Moyen-Orient de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Amr Abdelrahim est lauréat 2024 du prix Michel Seurat.
Séance 6. Jeudi 13 mars 2025
Faouda Maroub – L’espace public numérique comme indicateur de mesure de la consolidation démocratique : valeurs et culture politique des acteurs
Ce travail de recherche considère que l’adoption de la constitution de 2011 instaure la phase de consolidation démocratique dans le processus de transition politique initié depuis le début des années 2000. Il se base sur l’approche du courant de la consolidologie pour proposer une étude de l’espace public numérique dans un moment démocratique important : les élections. L’étude a pris pour objet la communication numérique des acteurs sur le réseau social Facebook, durant la période d’organisation des élections de septembre 2021 (communales, régionales et législatives) qui sont les troisièmes élections organisées dans le cadre de la constitution de 2011.
Au travers d’une analyse quantitative et qualitative de 3.100 publications des pages Facebook de 15 acteurs (partis politiques, associations, médias et institutions étatiques), ainsi que des entretiens avec ces derniers, ce travail de recherche dresse une topographie de la communication politique des acteurs dans un moment crucial du processus de démocratisation, mais aussi des mutations des pratiques de communication de ces acteurs, notamment après le COVID-19. Il permet également de faire du discours des acteurs un outil pour comprendre et mesurer les relations sociales (culture et valeurs) et, de ce fait, place l’espace public comme une vraie source de développement des indicateurs pour mesurer les transitions politiques.
Fadoua Maroub est professeure à l’Université Ibn Toufail- Kénitra ( Maroc). Ses travaux de recherche portent sur l’espace public, les transitions politiques et la communication institutionnelle et politique, et sont fortement liés à son parcours professionnel. Elle a travaillé à la commission de vérité marocaine et dans les institutions maitresses de la transition démocratique au Maroc avant d’orienter sa carrière vers le monde de la recherche. Ses travaux placent la dimension culture et valeurs dans le centre des dynamiques politiques et sociales et cherchent à analyser et comprendre la circulation et la transmission de ces derniers à travers les discours et les médias.
9-10 avril 2025 – Colloque « Les plateformes de productions médiatiques et culturelles au Moyen-Orient et en Afrique du Nord » (Marrakech)
Séance 7. Jeudi 15 mai 2025 (séance annulée)
Ophélie Mercier : « Becoming stranger » : ambivalent distance and proximity Experiences and subjectivities of Egyptian artists in Europe
Following the popular uprising that began on 25 January 2011 and led to the ousting of President Hosni Mubarak eighteen days later, the revolutionary events overturned norms and status quo in the Egyptian society. The arrival in power of El-Sisi (in July 2013), the intensification of censorship, new laws restricting foreign funding (in 2015), and the closure of the public sphere gradually undermined the revolutionary momentum. As a result, from 2016 onwards, many artists left Egypt. Their move to Europe and the reconfiguration of their artistic practice and political reflections are the subject of the doctoral research that is explored in this presentation. Through analysis of life trajectories and political subjectivities of artists who recently established themselves in Berlin and Marseille, this research analyses how “becoming stranger” has affected artists’ lives in Egypt and through the mobility and settlement processes in Europe.
Borrowing the term “becoming stranger” from Sara Ahmed, I analyse how Egyptian artists experienced estrangement and alienation in Egypt while being connected to global artistic and cultural milieux. And consequently, how, although this proximity facilitated international mobility to Europe, processes of alienation on the basis of race and origins has contributed to reflections on experiences of estrangement in Europe. Based on ethnographic fieldwork in Berlin and Marseille, this research combines the analysis of interviews with artists and cultural workers; online publications and articles; as well as art works. This diverse material provides the content to parse out how “becoming stranger” has affected artists subjectivities in Egypt and then through the mobility and settlement processes in Europe, therefore moving away from considering international mobility as rupture but rather highlighting dimensions of continuity.
Ophélie Mercier is a PhD Student in Anthropology at Ghent University and affiliated with the Centre Marc Bloch. She graduated from Sciences Po Rennes and SOAS. Her first research explored theatre as a form of resistance in Palestine, focusing on the Freedom Theatre. She worked in Cairo from 2013-16 as a street clown performer with the collective Outa Hamra. In her thesis, she is exploring the life trajectories of Egyptian artists who (re)settled in Europe in recent years, focusing on the reconfigurations of their artistic practices and looking at the transnational dynamics of the production and distribution of their art works.
Séance 8. Jeudi 12 juin 2025
Aomar Boum – My Father’s Stories, My Daughter’s Paintings: A Historical Ethnography of Southern Colonial Rural Morocco
In this paper, I present a graphic history illustrated by my daughter, serving as both an ethnographic sketch and a visual memoir of my father’s life as a foot courier (rekkas) in southern colonial rural Morocco. Drawing on interviews with Faraji my father conducted over twenty years, I explore his experiences during the interwar and early postwar periods as he transported mail between villages and towns in the Anti-Atlas and High Atlas Mountains. Through a series of sketches, my daughter reimagines her grandfather’s travels and trials, providing a fresh perspective that challenges the colonial artists’ and travelers’ portrayals of the region in the first half of the twentieth century. Her paintings offer a postcolonial view, allowing Faraji’s own voice to express his struggles, joys, perspectives, and pain. This project not only delves into the personal dimensions of my family’s history but also aims to highlight family historical ethnographies as a significant component of native ethnography.
A historical anthropologist and Resident Member of the Academy of the Kingdom of Morocco, Aomar Boum is Professor and Maurice Amado Chair in Sephardic Studies in the Department of Anthropology, Department of History and Department of Near Eastern Languages and Cultures at the University of California, Los Angeles. Boum is also Faculty Fellow at the Université Internationale de Rabat, Morocco. Boum is the co-founder of the Amazigh Studies initiative at UCLA, and co-founder, co-director of the Moroccan Jewish Studies Initiative at UCLA. A native of a Saharan community in southeastern Morocco, Boum has interdisciplinary training in anthropology, history, Islamic studies, Judaic Studies and Middle Eastern and North African studies. Boum is interested in the place of religious and ethnic minorities such as Jews, Bahais, Shia, Amazigh, and Christians in post-independence Middle Eastern and North African nation states. Boum is the author and co-editor of many articles and numerous books such as Memories of Absence: How Muslims remember Jews in Morocco (Stanford University Press, 2013); The Holocaust and North Africa (Stanford University Press, 2019, co authored with Sarah A. Stein), Wartime North Africa: A Documentary History 1934-1950 (Stanford University Press, 2022, co-authored with Sarah A. Stein); Undesirables: A Holocaust Journey to North Africa (Stanford University Press, 2023, co-authored with Nadjib Berber) and recently an illustrated book about his late father titled The Last Rekkas: Chronicles of a Foot Courier in Southern Morocco (2024, co-authored with his 14 years old daughter Majdouline Boum-Mendoza).
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Dominique Marchetti (23 septembre 2025). Archives des séminaires (2016-2025). Productions et circulations des biens culturels : le cas des pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Consulté le 8 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/nfop














